Tension artérielle : 8 étapes essentielles pour une mesure fiable

Étudiant infirmier mesurant la tension artérielle sous la supervision d'une formatrice

La mesure de la tension artérielle est l’un des gestes les plus pratiqués par l’infirmier. Elle permet de dépister une hypertension, de surveiller un traitement, de repérer un état de choc ou une hypotension orthostatique, et de suivre l’évolution d’un patient après une intervention. Pourtant, c’est aussi une mesure facilement faussée : brassard inadapté, patient qui parle, bras mal positionné ou dégonflage trop rapide peuvent modifier le résultat de plusieurs millimètres de mercure.

Dans cette fiche de cours, les formateurs de l’Institut Paramedicalis détaillent les bases physiologiques, le matériel, les conditions de mesure, la technique en 8 étapes avec un tensiomètre manuel ou électronique, l’interprétation des résultats et les erreurs à éviter. Un quiz final vous permettra de réviser.

Objectifs pédagogiques

  • définir la tension artérielle systolique et diastolique ;
  • choisir le matériel et le brassard adaptés au patient ;
  • respecter les conditions d’une mesure fiable ;
  • réaliser la mesure par méthode auscultatoire et par appareil électronique ;
  • interpréter le résultat, repérer les valeurs d’alerte et assurer la traçabilité.

Qu’est-ce que la tension artérielle ?

La tension artérielle, ou pression artérielle, correspond à la pression exercée par le sang sur la paroi des artères. Elle s’exprime en millimètres de mercure (mmHg) par deux chiffres. La pression systolique, le chiffre le plus élevé, correspond à la contraction du cœur qui éjecte le sang dans les artères. La pression diastolique, le chiffre le plus bas, correspond à la phase de relâchement du cœur, lorsqu’il se remplit.

La tension artérielle varie au cours de la journée, avec l’activité physique, les émotions, la douleur, la position, les repas, le tabac ou la caféine. Une valeur isolée doit donc toujours être interprétée dans son contexte, et une anomalie confirmée par plusieurs mesures réalisées dans de bonnes conditions.

Pourquoi la surveiller ?

  • dépister et suivre une hypertension artérielle, facteur de risque majeur d’accident vasculaire cérébral, d’infarctus et d’insuffisance rénale ;
  • surveiller l’efficacité et la tolérance d’un traitement antihypertenseur ;
  • repérer une hypotension, qui peut révéler une déshydratation, une hémorragie, une infection grave ou un effet indésirable médicamenteux ;
  • surveiller un patient après une anesthésie, une intervention ou une transfusion ;
  • évaluer le risque de chute chez la personne âgée (hypotension orthostatique).

Le matériel nécessaire

  • un tensiomètre manuel (manomètre anéroïde) et un stéthoscope, ou un tensiomètre électronique validé ;
  • un brassard de taille adaptée à la circonférence du bras du patient ;
  • une solution hydroalcoolique et de quoi désinfecter le matériel entre deux patients ;
  • le support de traçabilité (dossier de soins, feuille de surveillance).

Le choix du brassard

Le brassard est l’élément le plus souvent responsable d’erreurs de mesure. Un brassard trop petit surestime la tension artérielle, un brassard trop grand la sous-estime. La poche gonflable doit entourer une grande partie de la circonférence du bras. Les brassards portent généralement des repères indiquant la plage de circonférence pour laquelle ils sont adaptés : il faut les vérifier à chaque patient, en particulier chez les personnes corpulentes, très minces ou les enfants.

Infirmière notant la tension artérielle d'un patient hospitalisé

Les conditions d’une mesure fiable

La qualité de la mesure dépend autant des conditions que de la technique. Avant de mesurer la tension artérielle, l’infirmier vérifie que :

  • le patient est au repos depuis au moins cinq minutes, assis ou allongé, dans un environnement calme ;
  • il n’a pas fumé, bu de café ni fait d’effort juste avant ;
  • sa vessie n’est pas pleine et il ne ressent pas de douleur intense (sinon, le noter) ;
  • il est assis le dos appuyé, les pieds à plat sur le sol, les jambes non croisées ;
  • le bras est dénudé, détendu, soutenu, le brassard placé à hauteur du cœur ;
  • le patient ne parle pas pendant la mesure.

On évite de mesurer la tension artérielle sur un bras porteur d’une perfusion, d’une fistule artério-veineuse, d’un lymphœdème ou situé du côté d’un curage ganglionnaire axillaire, ainsi que sur un bras blessé ou paralysé.

La mesure de la tension artérielle en 8 étapes

Étape 1 : préparer et informer

Réalisez une friction hydroalcoolique, préparez le matériel et vérifiez son bon état. Vérifiez l’identité du patient, expliquez le soin et installez-le confortablement. Laissez-le se reposer quelques minutes avant la mesure.

Étape 2 : positionner le brassard

Placez le brassard sur le bras nu, environ deux à trois centimètres au-dessus du pli du coude, le repère de l’artère centré sur l’artère humérale (face interne du bras). Il doit être ajusté, sans être serré : on doit pouvoir glisser un doigt entre le brassard et la peau. Le bras repose sur un support, paume vers le haut, à hauteur du cœur.

Étape 3 : estimer la pression systolique par palpation

Avec la méthode manuelle, palpez le pouls radial et gonflez le brassard jusqu’à sa disparition. Cette valeur donne une estimation de la pression systolique. Dégonflez complètement. Cette étape évite de sous-estimer la tension artérielle chez les patients présentant un « trou auscultatoire ».

Étape 4 : placer le stéthoscope

Placez la membrane du stéthoscope sur l’artère humérale, au pli du coude, sans l’introduire sous le brassard et sans appuyer trop fort. Les embouts du stéthoscope sont orientés vers l’avant dans les oreilles.

Étape 5 : gonfler le brassard

Gonflez rapidement le brassard jusqu’à environ 20 à 30 mmHg au-dessus de la valeur de disparition du pouls radial estimée à l’étape 3.

Étape 6 : dégonfler lentement et écouter

Ouvrez la valve pour dégonfler lentement, à une vitesse d’environ 2 à 3 mmHg par seconde. Le premier bruit net et répété (premier bruit de Korotkoff) correspond à la pression systolique. La disparition complète des bruits correspond à la pression diastolique. Continuez à dégonfler sur une dizaine de mmHg pour confirmer la disparition, puis dégonflez complètement.

Étape 7 : répéter si nécessaire

Selon le contexte et le protocole, une deuxième mesure est réalisée après une à deux minutes, et la moyenne est retenue. Lors de la première consultation, la tension artérielle est idéalement mesurée aux deux bras ; on retient ensuite le bras où elle est la plus élevée pour les mesures suivantes.

Étape 8 : noter, interpréter et transmettre

Retirez le brassard, réinstallez le patient, désinfectez le matériel et réalisez une friction hydroalcoolique. Notez immédiatement les valeurs, l’heure, le bras, la position du patient et la méthode utilisée. Toute valeur anormale est contrôlée puis signalée selon le protocole.

Avec un tensiomètre électronique

Les tensiomètres électroniques sont très utilisés à l’hôpital et à domicile. Les conditions de mesure et le positionnement du brassard restent exactement les mêmes. L’appareil gonfle et dégonfle automatiquement, puis affiche la tension artérielle et le pouls. Il faut utiliser un appareil validé et régulièrement contrôlé, et savoir qu’en cas d’arythmie (fibrillation auriculaire, par exemple), la mesure électronique peut être moins fiable : un contrôle manuel est alors recommandé.

Interpréter la tension artérielle

Chez l’adulte, les seuils suivants sont couramment utilisés en consultation, à titre indicatif :

  • tension optimale : inférieure à 120/80 mmHg ;
  • tension normale : entre 120 et 129 mmHg pour la systolique et/ou entre 80 et 84 mmHg pour la diastolique ;
  • tension normale haute : entre 130 et 139 et/ou entre 85 et 89 mmHg ;
  • hypertension artérielle : 140 mmHg ou plus pour la systolique et/ou 90 mmHg ou plus pour la diastolique, confirmée par des mesures répétées.

Le diagnostic d’hypertension relève du médecin et repose sur plusieurs mesures, souvent complétées par une automesure à domicile ou une mesure ambulatoire sur 24 heures. À l’hôpital, les valeurs d’alerte et les objectifs sont fixés par le médecin pour chaque patient.

L’hypotension

Une tension artérielle basse n’est pas forcément anormale chez une personne jeune et en bonne santé. En revanche, une chute de tension associée à un pouls rapide, une pâleur, des sueurs, des marbrures, une confusion ou une diminution des urines doit faire suspecter un état de choc et conduire à alerter immédiatement le médecin.

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Rechercher une hypotension orthostatique

L’hypotension orthostatique est une baisse de la tension artérielle lors du passage à la position debout. Elle est fréquente chez la personne âgée, chez les patients déshydratés ou traités par certains médicaments, et expose au risque de malaise et de chute. Sa recherche se fait sur prescription ou selon protocole :

  1. mesurer la tension artérielle et le pouls après au moins cinq minutes en position couchée ;
  2. faire lever le patient, en restant à ses côtés pour prévenir une chute ;
  3. mesurer à nouveau la tension et le pouls après une minute, puis après trois minutes debout.

Une baisse d’au moins 20 mmHg de la systolique et/ou d’au moins 10 mmHg de la diastolique, avec ou sans symptômes, évoque une hypotension orthostatique. Le résultat est tracé et transmis au médecin.

Les erreurs à éviter

  • utiliser un brassard de taille inadaptée ;
  • mesurer par-dessus un vêtement ou avec une manche remontée qui serre le bras ;
  • laisser le bras pendre ou le placer au-dessus du niveau du cœur ;
  • mesurer immédiatement après un effort, un repas ou une cigarette ;
  • laisser le patient parler pendant la mesure ;
  • dégonfler trop vite, ce qui fait sous-estimer la systolique ;
  • arrondir systématiquement les valeurs ou ne pas les noter tout de suite.

L’automesure tensionnelle et l’éducation du patient

L’automesure à domicile permet au patient hypertendu de mieux connaître sa tension artérielle et au médecin d’ajuster le traitement. L’infirmier joue un rôle éducatif : choix d’un appareil validé et d’un brassard adapté, installation correcte, horaires de mesure, nombre de mesures, tenue d’un carnet. Il rappelle aussi l’importance de l’observance du traitement et des mesures d’hygiène de vie : réduction du sel, activité physique régulière, arrêt du tabac, limitation de l’alcool, contrôle du poids.

Pour en savoir plus sur l’hypertension artérielle, consultez la fiche d’information de l’OMS. Retrouvez aussi notre fiche sur les constantes vitales.

Particularités selon le patient

Chez l’enfant, les valeurs normales de tension artérielle dépendent de l’âge, du sexe et de la taille, et des brassards pédiatriques adaptés sont indispensables. Chez la femme enceinte, la mesure est réalisée en position assise ou en décubitus latéral gauche, et toute élévation doit être signalée rapidement en raison du risque de prééclampsie. Chez la personne âgée, les artères plus rigides peuvent rendre les bruits difficiles à entendre et l’hypotension orthostatique est fréquente.

Cas pratique

Monsieur C., 58 ans, hospitalisé pour une pneumopathie, présente à 14 heures une tension artérielle à 92/58 mmHg alors qu’elle était à 135/80 mmHg le matin. Son pouls est à 115 par minute, sa température à 38,9 °C et il se sent faible. L’infirmier contrôle la mesure sur l’autre bras avec un tensiomètre manuel : 90/56 mmHg. Il installe le patient allongé, reste auprès de lui, mesure la saturation et la fréquence respiratoire, puis alerte immédiatement le médecin en transmettant l’ensemble des paramètres et leur évolution. Cette baisse brutale de la tension artérielle, associée à la fièvre et à la tachycardie, peut évoquer une infection grave nécessitant une prise en charge rapide.

Questions fréquentes sur la tension artérielle

Faut-il mesurer la tension aux deux bras ?

Lors de la première mesure chez un patient, il est recommandé de mesurer aux deux bras. Une différence importante entre les deux bras doit être signalée au médecin. Les mesures suivantes sont réalisées sur le bras où la valeur est la plus élevée.

Assis ou allongé ?

Les deux positions sont possibles, mais il faut rester constant pour pouvoir comparer les mesures, et toujours noter la position. Le bras doit être à hauteur du cœur dans les deux cas.

Pourquoi la tension est-elle plus élevée à l’hôpital ?

Le stress lié à la présence d’un soignant peut augmenter la tension artérielle : c’est l’effet « blouse blanche ». Un repos suffisant, une attitude rassurante et la répétition des mesures limitent ce phénomène.

Un tensiomètre électronique est-il fiable ?

Oui, s’il est validé, bien entretenu et utilisé avec un brassard adapté. En cas de pouls irrégulier ou de valeur inattendue, un contrôle par méthode manuelle est conseillé.

Que faire si les bruits sont difficiles à entendre ?

Vérifiez la position du stéthoscope sur l’artère, réduisez le bruit ambiant, faites lever le bras du patient quelques secondes avant de regonfler, ou utilisez un appareil électronique validé. Si la mesure reste impossible, informez l’infirmier responsable ou le médecin, surtout si le patient présente des signes de malaise.

Le rôle de l’infirmier auxiliaire

Dans de nombreux services, la mesure de la tension artérielle est aussi réalisée par les infirmiers auxiliaires et les aides-soignants. Ils doivent maîtriser la technique, connaître les valeurs d’alerte fixées par le service et transmettre immédiatement toute valeur anormale ou tout malaise à l’infirmier, qui en assure l’interprétation et la suite de la prise en charge. Une bonne communication au sein de l’équipe est essentielle pour que chaque anomalie soit repérée à temps.

Traçabilité et responsabilité

La tension artérielle est notée immédiatement avec la date, l’heure, les deux valeurs, le bras, la position et la méthode. Les courbes permettent de visualiser l’évolution, souvent plus parlante qu’une valeur isolée. Une valeur anormale non signalée peut retarder une prise en charge urgente : l’infirmier est responsable de la fiabilité de la mesure, de son interprétation et de la transmission de l’information.

S’entraîner en formation

À l’Institut Paramedicalis, la mesure de la tension artérielle est l’un des premiers gestes appris en salle de travaux pratiques. Les étudiants s’entraînent entre eux avec des tensiomètres manuels et électroniques, jusqu’à obtenir des mesures fiables et reproductibles, puis pratiquent en stage auprès des patients. Cette compétence est au cœur de notre formation d’infirmier polyvalent et de notre formation d’infirmier auxiliaire.

Pour réviser efficacement

Pour maîtriser la mesure de la tension artérielle, entraînez-vous régulièrement avec un camarade en travaux pratiques, en comparant vos résultats à ceux d’un tensiomètre électronique ou d’un formateur. Apprenez à reconnaître les bruits de Korotkoff avec un stéthoscope de bonne qualité, dans un environnement calme. Avant chaque mesure, vérifiez mentalement la liste : repos, position, brassard adapté, bras à hauteur du cœur, silence, dégonflage lent, traçabilité. Ces réflexes rendent la mesure fiable et reproductible.

En stage, observez comment les infirmiers expérimentés interprètent la tension artérielle en fonction de l’état clinique du patient, de ses traitements et de ses antécédents. C’est cette capacité d’interprétation, bien plus que la simple lecture d’un chiffre, qui fait la valeur de la surveillance infirmière.

Quiz : testez vos connaissances

  1. Combien de temps de repos avant la mesure ? Réponse : au moins cinq minutes.
  2. Que provoque un brassard trop petit ? Réponse : une surestimation de la tension artérielle.
  3. À quelle vitesse dégonfler le brassard ? Réponse : environ 2 à 3 mmHg par seconde.
  4. À quoi correspond le premier bruit de Korotkoff ? Réponse : à la pression systolique.
  5. À partir de quelle valeur parle-t-on d’hypertension en consultation ? Réponse : 140/90 mmHg ou plus, confirmée par des mesures répétées.
  6. Comment définit-on l’hypotension orthostatique ? Réponse : une baisse d’au moins 20 mmHg de la systolique et/ou 10 mmHg de la diastolique en position debout.

À retenir

Une mesure fiable de la tension artérielle repose sur un brassard adapté, un patient au repos et bien installé, une technique rigoureuse et une interprétation dans le contexte clinique. C’est un geste simple en apparence, mais essentiel pour dépister, surveiller et protéger les patients.

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Avertissement pédagogique : cette fiche est un support de formation destiné aux étudiants et aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni la prescription médicale, ni les protocoles en vigueur dans votre établissement, ni l’encadrement par un professionnel qualifié.

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