La surveillance des constantes vitales est au cœur du métier d’infirmier. Pouls, tension artérielle, fréquence respiratoire, température, saturation en oxygène, douleur, conscience : ces paramètres renseignent en quelques minutes sur l’état de santé d’un patient et permettent de détecter précocement une aggravation. Bien mesurer, bien interpréter et bien transmettre les constantes vitales, c’est souvent faire la différence entre une complication évitée et une urgence vitale.
Dans cette fiche de cours, les formateurs de l’Institut Paramedicalis présentent les 7 paramètres essentiels à surveiller, les techniques de mesure, les valeurs de référence chez l’adulte, les signes d’alerte et les règles de traçabilité. Un quiz final vous permettra de réviser.
Objectifs pédagogiques
- citer les principales constantes vitales et leur intérêt ;
- mesurer chaque paramètre selon une technique fiable ;
- connaître les valeurs de référence chez l’adulte ;
- repérer les signes d’alerte et réagir de façon adaptée ;
- tracer et transmettre les résultats de façon claire.
Que sont les constantes vitales ?
Les constantes vitales, aussi appelées paramètres vitaux, sont des mesures physiologiques qui reflètent le fonctionnement des grandes fonctions de l’organisme : circulation, respiration, régulation thermique et fonction neurologique. On parle de « constantes » car, chez une personne en bonne santé, elles varient peu. Toute modification significative doit attirer l’attention du soignant.
La prise des constantes vitales fait partie du rôle propre de l’infirmier : elle est réalisée à l’admission, à intervalles réguliers selon l’état du patient et la prescription, et à chaque fois que l’état clinique change (malaise, douleur, confusion, essoufflement). L’infirmier peut confier certaines mesures à un aide-soignant ou à un infirmier auxiliaire, mais il reste responsable de leur interprétation.
Les conditions d’une mesure fiable
Une mesure isolée n’a de valeur que si elle est réalisée dans de bonnes conditions. Avant de mesurer les constantes vitales, l’infirmier s’assure que le patient est au repos depuis quelques minutes, installé confortablement, qu’il n’a pas fumé, mangé ou fait d’effort juste avant. Il utilise du matériel propre, en bon état et adapté au patient, et réalise une hygiène des mains avant et après le soin.

Le matériel de mesure
La fiabilité des constantes vitales dépend aussi du matériel. Les tensiomètres électroniques doivent être vérifiés et étalonnés selon les consignes du fabricant ; les brassards existent en plusieurs tailles (enfant, adulte, grand adulte) ; les thermomètres et les oxymètres doivent être propres, désinfectés entre deux patients et en bon état de fonctionnement. En cas de doute sur une valeur donnée par un appareil électronique, un contrôle manuel est recommandé : par exemple, compter le pouls à la main ou mesurer la tension avec un tensiomètre manuel.
L’infirmier signale tout appareil défectueux et veille à ce que le matériel nécessaire à la surveillance des constantes vitales soit disponible dans chaque chambre ou sur le chariot de soins.
1. La fréquence cardiaque (le pouls)
Le pouls se mesure le plus souvent à l’artère radiale, au poignet, avec la pulpe de l’index et du majeur (jamais avec le pouce, qui a son propre pouls). On compte les battements pendant une minute complète, ou pendant trente secondes en multipliant par deux si le pouls est régulier. On apprécie aussi sa régularité et son amplitude (bien frappé ou filant).
Chez l’adulte au repos, la fréquence cardiaque normale se situe habituellement entre 60 et 100 battements par minute. On parle de tachycardie au-delà de 100 et de bradycardie en dessous de 60, en sachant qu’un sportif entraîné peut avoir un pouls physiologiquement plus lent. Un pouls irrégulier ou très rapide doit être signalé et contrôlé.
2. La tension artérielle
La tension (ou pression) artérielle se mesure au bras, avec un tensiomètre manuel et un stéthoscope ou avec un appareil électronique. Le brassard, de taille adaptée à la circonférence du bras, est placé à hauteur du cœur, environ deux centimètres au-dessus du pli du coude. Le patient est assis ou allongé, bras détendu et soutenu, sans parler pendant la mesure.
On note deux valeurs : la pression systolique et la pression diastolique, exprimées en millimètres de mercure (mmHg). Chez l’adulte, une tension inférieure à 140/90 mmHg est généralement considérée comme normale, une valeur autour de 120/80 mmHg étant optimale. Une tension basse, surtout si elle s’accompagne de malaise, de pâleur ou d’un pouls rapide, peut révéler un état de choc. Retrouvez le détail de la technique dans nos fiches pratiques.
3. La fréquence respiratoire
La fréquence respiratoire est souvent la constante la plus oubliée, alors qu’elle est l’un des premiers signes d’aggravation. On compte les mouvements du thorax pendant une minute complète, discrètement, sans que le patient s’en aperçoive (sinon il modifie sa respiration). On observe aussi l’amplitude, la régularité, les bruits respiratoires et les signes de lutte (tirage, battement des ailes du nez, utilisation des muscles du cou).
Chez l’adulte au repos, la fréquence respiratoire normale se situe habituellement entre 12 et 20 cycles par minute. Une fréquence supérieure à 20 (polypnée) ou inférieure à 12 (bradypnée) doit être interprétée dans le contexte et signalée si elle est inhabituelle.
4. La saturation en oxygène
La saturation pulsée en oxygène (SpO2) se mesure avec un oxymètre de pouls, placé le plus souvent au bout d’un doigt. Elle indique le pourcentage d’hémoglobine transportant de l’oxygène. Chez l’adulte en bonne santé, elle se situe habituellement entre 95 et 100 %. Chez certains patients atteints de maladies respiratoires chroniques, le médecin fixe des objectifs plus bas.
La mesure peut être faussée par des mains froides, un vernis à ongles foncé, des mouvements, une mauvaise circulation ou un capteur mal positionné. Une valeur basse doit être confirmée en vérifiant le capteur et en observant le patient, puis signalée sans délai si elle est confirmée.
5. La température
La température corporelle se mesure avec un thermomètre électronique, par voie auriculaire, axillaire, buccale, frontale ou rectale selon le matériel, l’âge du patient et le protocole. Il est important d’utiliser toujours la même méthode chez un même patient pour comparer les valeurs, et de préciser la voie dans le dossier.
Chez l’adulte, la température normale se situe habituellement entre 36,1 et 37,8 °C, avec des variations au cours de la journée. On parle de fièvre au-delà de 38 °C et d’hypothermie en dessous de 35 °C. La fièvre, surtout si elle s’accompagne de frissons, de tachycardie ou d’hypotension, peut révéler une infection grave.
6. La douleur
La douleur est souvent qualifiée de « cinquième constante ». Elle s’évalue avec des outils validés : échelle numérique (de 0 à 10), échelle visuelle analogique, échelle verbale simple, ou échelles comportementales chez les patients qui ne peuvent pas s’exprimer (jeune enfant, personne âgée démente, patient intubé). L’infirmier évalue la douleur régulièrement, avant et après un traitement antalgique, et trace le résultat au même titre que les autres constantes vitales.
7. L’état de conscience
L’état de conscience s’évalue par l’observation et des questions simples : le patient est-il éveillé, orienté dans le temps et l’espace, répond-il de façon adaptée ? Dans les services de soins aigus, on utilise des échelles comme le score de Glasgow, qui cote l’ouverture des yeux, la réponse verbale et la réponse motrice. Une confusion récente ou une somnolence inhabituelle est un signe d’alerte majeur.
D’autres paramètres à surveiller
Selon la situation clinique, d’autres paramètres complètent la surveillance des constantes vitales : la glycémie capillaire chez le patient diabétique, la diurèse, le poids (insuffisance cardiaque ou rénale), la coloration de la peau, le temps de recoloration cutanée, ou encore l’état d’hydratation. Pour la glycémie, consultez notre fiche consacrée à la glycémie capillaire.
Les scores d’alerte précoce
De nombreux hôpitaux utilisent des scores d’alerte précoce, qui attribuent des points à chaque constante selon qu’elle s’écarte plus ou moins des valeurs normales. Le total permet d’identifier rapidement les patients qui s’aggravent et de déclencher une réponse graduée : surveillance renforcée, appel du médecin, appel de l’équipe de réanimation. Ces outils reposent sur une mesure complète et rigoureuse des constantes vitales, et notamment de la fréquence respiratoire.
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Tableau récapitulatif des constantes vitales chez l’adulte
Le tableau ci-dessous résume les valeurs de référence habituelles des constantes vitales chez l’adulte au repos. Ces valeurs sont indicatives : elles doivent toujours être interprétées selon l’âge, les antécédents, les traitements et les objectifs fixés par le médecin pour chaque patient.
| Constante vitale | Valeurs habituelles chez l’adulte | À signaler notamment |
|---|---|---|
| Fréquence cardiaque | 60 à 100 battements/min | pouls rapide, lent ou irrégulier |
| Tension artérielle | inférieure à 140/90 mmHg | hypotension avec malaise, poussée hypertensive |
| Fréquence respiratoire | 12 à 20 cycles/min | polypnée, signes de lutte |
| Saturation en oxygène | 95 à 100 % | baisse confirmée, selon l’objectif prescrit |
| Température | 36,1 à 37,8 °C | fièvre au-delà de 38 °C, hypothermie |
| Douleur | absente ou contrôlée | douleur intense, nouvelle ou non soulagée |
| Conscience | patient éveillé et orienté | confusion, somnolence, agitation |
Cas pratique
Madame B., 74 ans, a été opérée de la hanche il y a deux jours. Lors de la prise des constantes vitales de 16 heures, l’infirmier relève : pouls 112/min, tension 98/60 mmHg, fréquence respiratoire 26/min, SpO2 92 %, température 38,6 °C. La patiente est un peu confuse, ce qui est nouveau. Le matin, toutes ses constantes vitales étaient normales.
L’infirmier contrôle les valeurs, reste auprès de la patiente, l’installe en position demi-assise et alerte immédiatement le médecin, en transmettant les constantes vitales, leur évolution et le changement de comportement. Il applique ensuite les prescriptions (oxygène, bilan, prélèvements, traitement) et renforce la surveillance. Cet exemple montre qu’aucune valeur n’est interprétée isolément : c’est l’association des paramètres et leur évolution qui orientent vers une aggravation, ici possiblement une infection.
Le rôle de l’infirmier auxiliaire et de l’aide-soignant
Dans de nombreux services, la mesure de certaines constantes vitales est réalisée en collaboration avec les infirmiers auxiliaires et les aides-soignants. Leur rôle est essentiel : ils sont souvent les premiers à constater un changement. Ils doivent maîtriser les techniques de mesure, connaître les valeurs d’alerte et transmettre immédiatement toute anomalie à l’infirmier, qui en assure l’interprétation et la suite de la prise en charge.
Les signes d’alerte à ne pas manquer
- une fréquence respiratoire élevée ou un essoufflement nouveau ;
- une chute de la tension artérielle ou un pouls très rapide ;
- une saturation en oxygène qui baisse ;
- une fièvre élevée avec frissons ou, au contraire, une hypothermie ;
- une confusion, une agitation ou une somnolence inhabituelle ;
- une douleur thoracique, une douleur intense ou inhabituelle ;
- une diminution importante des urines.
Devant ces signes, l’infirmier contrôle la mesure, reste auprès du patient, alerte le médecin selon le protocole et trace précisément les valeurs et l’heure. Il est préférable d’alerter pour rien que de passer à côté d’une aggravation.
La traçabilité des constantes vitales
Les constantes vitales sont notées immédiatement dans le dossier de soins, sur la feuille de surveillance ou dans le dossier informatisé, avec la date, l’heure, la valeur, l’unité et la méthode utilisée. Les courbes permettent de visualiser l’évolution et de repérer une tendance, souvent plus parlante qu’une valeur isolée. Toute valeur anormale est accompagnée de la conduite tenue.
Lors des transmissions entre équipes, l’infirmier signale les constantes anormales, leur évolution et les actions engagées. Une information bien transmise garantit la continuité et la sécurité des soins.
Les particularités selon l’âge
Les valeurs normales des constantes vitales varient fortement avec l’âge. Chez le nourrisson et l’enfant, le pouls et la fréquence respiratoire sont plus rapides et la tension plus basse que chez l’adulte : il faut se référer à des tableaux pédiatriques adaptés. Chez la personne âgée, les signes d’infection peuvent être atténués (fièvre absente, confusion au premier plan) et l’hypotension orthostatique est fréquente, d’où l’intérêt de mesurer parfois la tension couché puis debout.
Les erreurs à éviter
- mesurer chez un patient agité, qui vient de marcher ou de manger ;
- utiliser un brassard de taille inadaptée ;
- « estimer » la fréquence respiratoire au lieu de la compter ;
- se fier à un oxymètre mal positionné ;
- changer de méthode de mesure de la température sans le noter ;
- noter une valeur anormale sans la contrôler ni la signaler ;
- oublier d’évaluer la douleur et la conscience.
Questions fréquentes sur les constantes vitales
À quelle fréquence mesurer les constantes vitales ?
La fréquence dépend de l’état du patient et de la prescription : une à trois fois par jour chez un patient stable, beaucoup plus souvent après une intervention, en cas d’aggravation ou en soins intensifs.
Pourquoi la fréquence respiratoire est-elle si importante ?
Parce qu’elle se modifie souvent avant les autres paramètres lorsqu’un patient s’aggrave, par exemple en cas d’infection grave, d’insuffisance respiratoire ou de trouble métabolique.
Peut-on prendre la tension sur le bras perfusé ?
Il est préférable de l’éviter, ainsi que le bras porteur d’une fistule artério-veineuse ou situé du côté d’un curage ganglionnaire.
Une seule valeur anormale suffit-elle à alerter ?
Une valeur très anormale ou associée à des signes cliniques justifie une alerte immédiate. Une valeur modérément anormale est contrôlée et interprétée selon le contexte et l’évolution.
S’entraîner en formation
À l’Institut Paramedicalis, la mesure des constantes vitales est l’un des premiers gestes enseignés. Les étudiants s’entraînent entre eux en salle de travaux pratiques, puis en stage, jusqu’à maîtriser parfaitement la technique, l’interprétation et la transmission. Cette compétence est au cœur de notre formation d’infirmier polyvalent et de notre formation d’infirmier auxiliaire.
Pour en savoir plus sur la sécurité des patients, consultez la fiche d’information de l’OMS.
Pour réviser efficacement
Pour mémoriser les valeurs de référence des constantes vitales, entraînez-vous à mesurer les paramètres de vos camarades en travaux pratiques, puis comparez vos résultats. En stage, prenez l’habitude de relier chaque valeur à l’état clinique du patient : une constante n’a de sens que dans son contexte. Enfin, révisez régulièrement le tableau récapitulatif et les signes d’alerte : ces réflexes deviendront rapidement automatiques et vous permettront de réagir vite et bien.
Quiz : testez vos connaissances
- Quelle est la fréquence cardiaque normale chez l’adulte au repos ? Réponse : habituellement entre 60 et 100 battements par minute.
- Avec quels doigts prend-on le pouls ? Réponse : l’index et le majeur, jamais le pouce.
- Quelle est la fréquence respiratoire normale chez l’adulte ? Réponse : habituellement entre 12 et 20 cycles par minute.
- Quelle saturation en oxygène est habituelle chez l’adulte en bonne santé ? Réponse : entre 95 et 100 %.
- À partir de quelle température parle-t-on de fièvre ? Réponse : au-delà de 38 °C.
- Pourquoi compter la respiration discrètement ? Réponse : pour que le patient ne modifie pas sa respiration.
Traçabilité et responsabilité
Chaque mesure des constantes vitales engage la responsabilité de l’infirmier, qu’il l’ait réalisée lui-même ou qu’elle lui ait été transmise. Il doit s’assurer de la fiabilité des valeurs, les interpréter dans le contexte clinique et réagir sans délai en cas d’anomalie. Une constante anormale notée mais non signalée peut retarder une prise en charge urgente.
En cas de retard d’alerte ou d’incident lié à la surveillance, l’événement est analysé en équipe selon la procédure de l’établissement. Ces retours d’expérience permettent d’améliorer l’organisation de la surveillance des constantes vitales et la sécurité de tous les patients.
À retenir
Les constantes vitales sont un langage : chaque valeur, et surtout son évolution, raconte l’état du patient. Une mesure rigoureuse, une interprétation dans le contexte, une alerte au bon moment et une traçabilité précise font de leur surveillance l’un des actes les plus importants de la pratique infirmière.
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Avertissement pédagogique : cette fiche est un support de formation destiné aux étudiants et aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni la prescription médicale, ni les protocoles en vigueur dans votre établissement, ni l’encadrement par un professionnel qualifié.
