Le sondage urinaire consiste à introduire une sonde dans la vessie, par l’urètre, afin d’évacuer les urines. C’est un soin fréquent à l’hôpital, en particulier en chirurgie, en réanimation, aux urgences et en gériatrie. Mais c’est aussi un geste invasif : les infections urinaires associées aux sondes font partie des infections liées aux soins les plus fréquentes. Une technique aseptique rigoureuse et une indication bien posée sont donc indispensables.
Dans cette fiche de cours, les formateurs de l’Institut Paramedicalis détaillent les indications, les contre-indications, le matériel, la technique en 9 étapes chez la femme et chez l’homme, l’entretien de la sonde, la surveillance et les complications. Un quiz final vous permettra de réviser.
Objectifs pédagogiques
- distinguer le sondage urinaire évacuateur et le sondage à demeure ;
- connaître les indications et les contre-indications ;
- préparer le matériel et réaliser le geste dans des conditions d’asepsie stricte ;
- adapter la technique à l’anatomie féminine et masculine ;
- assurer l’entretien, la surveillance, la traçabilité et le retrait de la sonde.
Qu’est-ce qu’un sondage urinaire ?
Le sondage urinaire est l’introduction d’une sonde stérile dans la vessie par le méat urinaire et l’urètre. On distingue deux grands types de sondage :
- le sondage évacuateur (ou aller-retour) : la sonde est retirée dès que la vessie est vidée ; il peut être répété (sondages intermittents), notamment chez certains patients porteurs de troubles neurologiques ;
- le sondage à demeure : une sonde à ballonnet, dite sonde de Foley, reste en place et est reliée à un système de drainage clos.
Le sondage urinaire est réalisé sur prescription médicale, sauf protocole particulier. Il relève de la compétence de l’infirmier, qui en assure la pose, l’entretien, la surveillance et le retrait.
Les indications du sondage urinaire
- la rétention aiguë d’urine, lorsque le patient ne peut pas uriner malgré une vessie pleine ;
- la surveillance précise de la diurèse horaire chez un patient en état grave ;
- certaines interventions chirurgicales, en particulier longues ou urologiques ;
- le recueil stérile des urines lorsqu’il ne peut pas être obtenu autrement ;
- certaines situations de soins palliatifs, pour le confort du patient ;
- la réalisation de certains examens ou instillations vésicales.
L’incontinence urinaire seule n’est pas une indication de sonde à demeure : d’autres solutions existent (protections, étui pénien, programmation mictionnelle). La nécessité de la sonde doit être réévaluée chaque jour.
Contre-indications et précautions
- suspicion de traumatisme de l’urètre (saignement au méat, traumatisme du bassin) : le sondage urinaire est alors contre-indiqué sans avis médical spécialisé ;
- infection aiguë de la prostate ou de l’urètre ;
- rétrécissement connu de l’urètre ou antécédent de chirurgie urologique, qui nécessitent un avis médical ;
- allergie au latex (utiliser une sonde en silicone) ou au produit antiseptique.

Le choix de la sonde
Le calibre des sondes s’exprime en Charrière (Ch) ou French (Fr) : un Charrière correspond à un tiers de millimètre de diamètre externe. On choisit le plus petit calibre efficace pour limiter les traumatismes de l’urètre : souvent 12 à 14 Ch chez la femme et 14 à 16 Ch chez l’homme adulte, selon la prescription et la situation clinique.
Pour un sondage urinaire à demeure prolongé, les sondes en silicone sont souvent préférées aux sondes en latex, car elles sont mieux tolérées. Chez l’homme présentant une hypertrophie de la prostate, une sonde à béquille (extrémité coudée) peut être prescrite pour faciliter le passage.
Le matériel nécessaire
- la prescription médicale ;
- un set de sondage stérile, lorsqu’il existe dans l’établissement ;
- une sonde de calibre adapté, et une sonde de rechange ;
- un sac collecteur stérile à système clos, avec valve anti-reflux et site de prélèvement ;
- une seringue remplie d’eau stérile pour gonfler le ballonnet (volume indiqué sur la sonde) ;
- un gel lubrifiant stérile, éventuellement anesthésiant selon la prescription ;
- le matériel de toilette et un antiseptique adapté aux muqueuses ;
- des gants non stériles et des gants stériles, un champ stérile, des compresses stériles ;
- une protection de lit et un système de fixation de la sonde.
La technique du sondage urinaire en 9 étapes
Étape 1 : vérifier et informer
Vérifiez la prescription, l’identité du patient, ses allergies et ses antécédents urologiques. Expliquez le soin, son intérêt et son déroulement avec tact : le sondage urinaire touche à l’intimité du patient. Recueillez son consentement et préservez sa pudeur (porte fermée, paravent, exposition minimale).
Étape 2 : installer le patient
La femme est installée en décubitus dorsal, jambes fléchies et écartées. L’homme est installé en décubitus dorsal, jambes allongées et légèrement écartées. Placez une protection sous le siège et assurez un bon éclairage.
Étape 3 : réaliser la toilette génitale
Avec des gants non stériles, réalisez une toilette soigneuse de la région génitale à l’eau et au savon doux, puis rincez et séchez. Chez l’homme, décalottez le gland. Retirez les gants et réalisez une friction hydroalcoolique.
Étape 4 : préparer le champ stérile
Ouvrez le set de manière aseptique, disposez le matériel sur le champ stérile : sonde, seringue d’eau stérile, lubrifiant, compresses imbibées d’antiseptique. Connectez de préférence la sonde au sac collecteur dès ce moment, afin de maintenir le système clos. Enfilez les gants stériles.
Étape 5 : réaliser l’antisepsie
Chez la femme, écartez les grandes lèvres avec la main non dominante, qui ne sera plus stérile, et désinfectez de haut en bas, du méat vers l’anus, avec une compresse différente à chaque passage. Chez l’homme, maintenez la verge et désinfectez le gland en partant du méat, par mouvements circulaires vers l’extérieur.
Étape 6 : lubrifier et introduire la sonde
Lubrifiez l’extrémité de la sonde avec le gel stérile (chez l’homme, le gel peut être instillé directement dans l’urètre selon le protocole). Chez la femme, repérez le méat et introduisez doucement la sonde de 5 à 7 cm environ, jusqu’à l’apparition d’urine, puis poussez encore de quelques centimètres. Chez l’homme, tenez la verge à la verticale pour redresser l’urètre, introduisez la sonde sur une dizaine de centimètres, puis abaissez la verge vers l’horizontale pour franchir la courbure et continuez jusqu’à l’écoulement d’urine.
Étape 7 : gonfler le ballonnet
Pour une sonde à demeure, poussez encore la sonde de quelques centimètres après l’apparition de l’urine, afin d’être certain que le ballonnet se trouve dans la vessie et non dans l’urètre. Gonflez le ballonnet avec le volume d’eau stérile indiqué par le fabricant, puis tirez doucement sur la sonde jusqu’à sentir une résistance. Si le patient ressent une douleur au gonflage, arrêtez immédiatement, dégonflez et avancez la sonde.
Étape 8 : fixer et recalotter
Chez l’homme, recalottez impérativement le gland pour éviter un paraphimosis. Fixez la sonde à la cuisse (femme) ou sur l’abdomen ou la cuisse (homme) avec un système adapté, en laissant une légère boucle pour éviter toute traction. Placez le sac collecteur en dessous du niveau de la vessie, sans contact avec le sol.
Étape 9 : tracer et surveiller
Réinstallez le patient, éliminez les déchets, réalisez une friction hydroalcoolique et tracez le soin : date et heure, type et calibre de la sonde, volume du ballonnet, aspect et quantité des urines, tolérance du patient, difficultés éventuelles.
La vidange vésicale en cas de rétention
En cas de rétention importante, de nombreux protocoles recommandent de surveiller la vidange de la vessie et d’être attentif au risque d’hématurie ou de malaise lors d’une vidange rapide d’un grand volume. L’infirmier applique le protocole de l’établissement, surveille le patient et informe le médecin du volume recueilli.
L’entretien d’une sonde à demeure
- maintenir le système clos : ne jamais déconnecter la sonde du sac collecteur sans nécessité ;
- réaliser la toilette génitale quotidienne à l’eau et au savon, et après chaque selle ;
- garder le sac en dessous du niveau de la vessie pour éviter le reflux des urines ;
- vider le sac régulièrement par le robinet inférieur, avant qu’il ne soit trop plein, sans contact entre le robinet et le récipient ;
- prélever les urines pour analyse uniquement par le site de prélèvement prévu, après désinfection ;
- encourager une hydratation suffisante, sauf contre-indication médicale ;
- réévaluer chaque jour la nécessité de la sonde et la retirer dès que possible.
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La surveillance du patient sondé
La surveillance porte sur la diurèse (volume, couleur, aspect, présence de sang ou de dépôts), le bon écoulement des urines (sonde coudée, obstruée), la douleur, l’état du méat et de la peau, la température du patient et les signes d’infection urinaire. Une douleur sus-pubienne avec absence d’écoulement doit faire rechercher une obstruction de la sonde.
Les complications du sondage urinaire
- L’infection urinaire : la complication la plus fréquente ; son risque augmente avec la durée du sondage.
- Le traumatisme urétral : saignement, fausse route, en particulier chez l’homme ou en cas de gonflage du ballonnet dans l’urètre.
- L’obstruction de la sonde : par des caillots ou des dépôts.
- Le paraphimosis : si le gland n’est pas recalotté.
- Les lésions du méat : dues à une traction ou à une mauvaise fixation.
- Le retrait accidentel : ballonnet gonflé, avec risque de lésion de l’urètre.
Le retrait de la sonde
Le retrait se fait sur prescription ou selon protocole. Après avoir expliqué le soin et réalisé l’hygiène des mains, l’infirmier dégonfle complètement le ballonnet en aspirant l’eau avec une seringue, vérifie le volume retiré, puis retire doucement la sonde. Il surveille ensuite la reprise des mictions spontanées, leur volume, les brûlures éventuelles et l’apparition d’un globe vésical, selon les consignes du service.
Sondage urinaire évacuateur ou à demeure : comment choisir ?
Le choix entre un sondage urinaire évacuateur et un sondage urinaire à demeure dépend de l’indication. Pour une rétention ponctuelle, un sondage urinaire évacuateur suffit souvent : la vessie est vidée, puis la sonde est retirée, ce qui limite le risque infectieux. Lorsque la surveillance de la diurèse doit être continue ou que la rétention risque de se reproduire rapidement, le médecin peut prescrire un sondage urinaire à demeure.
Dans tous les cas, la règle d’or est la même : un sondage urinaire doit être justifié, le plus court possible et réalisé dans des conditions d’asepsie irréprochables. De nombreux services ont mis en place une réévaluation quotidienne systématique de chaque sonde, qui a permis de réduire fortement les infections urinaires associées aux soins.
Le sondage urinaire intermittent et l’auto-sondage
Chez certains patients atteints de troubles neurologiques (lésion de la moelle épinière, sclérose en plaques, vessie neurologique), le médecin peut prescrire des sondages intermittents plusieurs fois par jour, plutôt qu’une sonde à demeure. Beaucoup de ces patients apprennent à réaliser eux-mêmes leur sondage urinaire : c’est l’auto-sondage. L’infirmier joue un rôle clé dans cet apprentissage : hygiène des mains, technique propre, choix du matériel, fréquence, recueil des volumes et signes d’infection à surveiller.
Le sondage urinaire chez la personne âgée
Chez la personne âgée, le sondage urinaire est fréquent, notamment en cas de rétention liée à la prostate, à certains médicaments ou à une constipation importante. Les risques y sont aussi plus élevés : infection, confusion, retrait accidentel, perte d’autonomie. Avant de poser une sonde, il faut rechercher un globe vésical, idéalement avec un appareil d’échographie vésicale lorsqu’il est disponible, et envisager les alternatives. Une fois la sonde posée, la surveillance de la confusion, de la fièvre et de la tolérance doit être particulièrement attentive.
Le rôle de l’infirmier dans la prévention des infections
La prévention des infections liées au sondage urinaire repose en grande partie sur l’infirmier : pertinence de l’indication, asepsie lors de la pose, maintien du système clos, hygiène quotidienne, position du sac, vidange correcte, traçabilité et alerte pour le retrait dès que la sonde n’est plus nécessaire. Chaque jour de sondage urinaire en moins est un risque infectieux en moins pour le patient.
Les erreurs à éviter
- poser une sonde sans indication réelle ou la laisser en place trop longtemps ;
- rompre l’asepsie pendant la pose ;
- gonfler le ballonnet avant d’avoir la certitude qu’il est dans la vessie ;
- utiliser du sérum physiologique au lieu de l’eau stérile pour le ballonnet, lorsque le fabricant le déconseille ;
- oublier de recalotter le gland ;
- poser le sac collecteur au sol ou au-dessus du niveau de la vessie ;
- déconnecter inutilement le système clos.
Questions fréquentes sur le sondage urinaire
Le sondage urinaire est-il douloureux ?
Il est surtout désagréable, parfois douloureux, en particulier chez l’homme. Un lubrifiant, éventuellement anesthésiant selon la prescription, une technique douce, des explications et le respect de la pudeur réduisent fortement l’inconfort.
Que faire si la sonde ne passe pas ?
Ne jamais forcer. Chez l’homme, on peut réessayer en modifiant l’inclinaison de la verge ou demander au patient de tousser légèrement. En cas d’échec, on arrête et on informe le médecin, qui pourra prescrire une autre sonde ou demander un avis urologique.
Que faire en cas d’erreur d’orifice chez la femme ?
Si la sonde est introduite par erreur dans le vagin, elle n’est plus stérile : on la laisse éventuellement en place temporairement comme repère, puis on recommence avec une nouvelle sonde stérile dans le méat urinaire.
Combien de temps peut-on garder une sonde ?
La durée doit être la plus courte possible. La nécessité de la sonde est réévaluée chaque jour, et les modalités de changement sont fixées par la prescription et le protocole de l’établissement.
S’entraîner en formation
Le sondage urinaire exige une parfaite maîtrise de l’asepsie. À l’Institut Paramedicalis, les étudiants s’exercent sur des mannequins de simulation féminins et masculins avant de réaliser le geste en stage, sous la supervision d’infirmiers expérimentés. L’accent est mis sur la rigueur, le respect de l’intimité et la communication avec le patient. Ce soin fait partie de notre formation d’infirmier polyvalent.
Pour aller plus loin sur la prévention des infections liées aux soins, consultez la fiche de l’OMS sur la sécurité des patients.
Quiz : testez vos connaissances
- Quelle est la principale complication d’un sondage urinaire à demeure ? Réponse : l’infection urinaire.
- Avec quoi gonfle-t-on habituellement le ballonnet ? Réponse : avec de l’eau stérile, au volume indiqué par le fabricant.
- Pourquoi pousser la sonde de quelques centimètres après l’apparition des urines ? Réponse : pour être sûr que le ballonnet est dans la vessie.
- Quel geste est impératif chez l’homme après la pose ? Réponse : recalotter le gland pour éviter un paraphimosis.
- Où placer le sac collecteur ? Réponse : en dessous du niveau de la vessie, sans contact avec le sol.
- L’incontinence seule justifie-t-elle une sonde à demeure ? Réponse : non.
Traçabilité et responsabilité
La traçabilité d’un sondage urinaire comprend l’indication, la date et l’heure de pose, le type et le calibre de la sonde, le volume du ballonnet, la quantité et l’aspect des urines, les difficultés éventuelles et la tolérance du patient. Chaque jour, la surveillance et la réévaluation de la nécessité de la sonde sont notées.
En cas de difficulté de pose, de saignement, de fausse route ou de complication, l’infirmier informe le médecin et trace l’événement. La réévaluation quotidienne tracée de chaque sonde est un outil simple et efficace pour raccourcir la durée des sondages et réduire les infections urinaires associées aux soins.
À retenir
Le sondage urinaire est un soin courant mais invasif. Une indication justifiée, une asepsie stricte, une technique douce adaptée à l’anatomie, un système clos bien entretenu et un retrait dès que possible sont les clés pour protéger le patient des complications, en particulier infectieuses.
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Avertissement pédagogique : cette fiche est un support de formation destiné aux étudiants et aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni la prescription médicale, ni les protocoles en vigueur dans votre établissement, ni l’encadrement par un professionnel qualifié.
