La pose d’un cathéter veineux périphérique est l’un des gestes les plus réalisés à l’hôpital : on estime qu’une grande partie des patients hospitalisés en bénéficient au cours de leur séjour. Perfusions, antibiotiques, antalgiques, transfusions, produits de contraste ou urgences : la voie veineuse périphérique est indispensable. Pourtant, c’est aussi un geste invasif, source possible d’infections, de phlébites et d’inconfort pour le patient.
Dans cette fiche de cours, les formateurs de l’Institut Paramedicalis détaillent les indications, le choix du cathéter et de la veine, le matériel, la technique de pose en 10 étapes, l’entretien, la surveillance et les complications. Un quiz final vous permettra de réviser.
Objectifs pédagogiques
- connaître les indications et les contre-indications de la pose d’un cathéter veineux périphérique ;
- choisir le calibre du cathéter et le site de ponction adaptés ;
- préparer le matériel et le patient dans le respect strict de l’asepsie ;
- réaliser la pose selon une technique sûre ;
- assurer l’entretien, la surveillance, la traçabilité et le retrait du dispositif.
Qu’est-ce qu’un cathéter veineux périphérique ?
Un cathéter veineux périphérique (CVP) est un tube souple et court, introduit dans une veine superficielle, le plus souvent au niveau de la main ou de l’avant-bras, à l’aide d’une aiguille-guide qui est retirée après la pose. Il permet d’administrer des médicaments et des solutés directement dans la circulation sanguine, et parfois de réaliser des prélèvements au moment de la pose.
Le cathéter veineux périphérique est destiné à une utilisation de courte durée. Pour les traitements longs ou les produits très irritants, le médecin peut prescrire un dispositif central (cathéter central, chambre implantable, PICC line), qui fait l’objet de protocoles spécifiques.
La pose d’un cathéter veineux périphérique est réalisée sur prescription médicale ou selon un protocole de soins. Elle relève de la compétence de l’infirmier, qui est responsable de la pose, de l’entretien, de la surveillance et du retrait.
Indications et contre-indications
Indications
- administration de médicaments par voie intraveineuse (antibiotiques, antalgiques, chimiothérapies courtes selon protocole) ;
- perfusion de solutés d’hydratation ou de nutrition ;
- transfusion de produits sanguins ;
- injection de produits de contraste pour l’imagerie ;
- maintien d’un accès veineux de sécurité, en urgence ou en période péri-opératoire.
Sites à éviter
- un membre porteur d’une fistule artério-veineuse pour hémodialyse ;
- le membre supérieur du côté d’un curage ganglionnaire axillaire ;
- un membre paralysé, œdémateux, brûlé, infecté ou traumatisé ;
- une veine déjà thrombosée, indurée ou siège d’une phlébite ;
- les zones de flexion (pli du coude, poignet) lorsque c’est possible, car le cathéter y est moins stable et plus inconfortable ;
- les membres inférieurs chez l’adulte, sauf exception, en raison du risque de thrombose.
Choisir le calibre du cathéter veineux périphérique
Le calibre d’un cathéter veineux périphérique s’exprime en Gauge (G) : plus le chiffre est élevé, plus le cathéter est fin. Chaque calibre est identifié par un code couleur international :
- 14 G (orange) et 16 G (gris) : gros calibres pour les remplissages rapides et les urgences vitales ;
- 18 G (vert) : transfusion, chirurgie, perfusions à débit important ;
- 20 G (rose) : calibre courant chez l’adulte pour la plupart des perfusions ;
- 22 G (bleu) : veines fines, personnes âgées, perfusions à débit modéré ;
- 24 G (jaune) : enfants, nourrissons et veines très fragiles.
La règle générale est de choisir le plus petit calibre compatible avec le traitement prescrit : un cathéter trop gros par rapport à la veine irrite la paroi et augmente le risque de phlébite.

Choisir la veine
On commence de préférence par les veines les plus distales du membre supérieur non dominant (dos de la main, avant-bras), afin de préserver les sites situés plus haut pour les poses ultérieures. La veine idéale est droite, souple, bien visible ou bien palpable, et située à distance d’une articulation.
Plusieurs techniques aident à faire apparaître une veine : garrot correctement serré, membre en déclive, application de chaleur, ouverture et fermeture de la main par le patient. On évite de tapoter fortement la veine, ce qui est désagréable et peu efficace. Les dispositifs de visualisation veineuse, lorsqu’ils sont disponibles, sont utiles chez les patients au capital veineux difficile.
Le matériel nécessaire
- la prescription médicale ou le protocole ;
- des cathéters veineux périphériques de plusieurs calibres, de préférence sécurisés ;
- un garrot à usage unique ou désinfecté ;
- un antiseptique alcoolique selon le protocole de l’établissement et des compresses stériles ;
- des gants non stériles ;
- un pansement adhésif transparent stérile ;
- un prolongateur ou un robinet, purgé avec du sérum physiologique ;
- une seringue de sérum physiologique pour rincer ;
- la perfusion prescrite, préparée et purgée si nécessaire ;
- un collecteur d’objets piquants, coupants, tranchants (OPCT) ;
- une protection pour le lit et une solution hydroalcoolique.
La pose du cathéter veineux périphérique en 10 étapes
Étape 1 : vérifier et préparer
Vérifiez la prescription, l’identité du patient, ses allergies (antiseptique, pansement, latex) et ses antécédents. Préparez tout le matériel sur un plateau désinfecté, à portée de main. Réalisez une friction hydroalcoolique.
Étape 2 : informer et installer le patient
Expliquez le soin, sa durée et son intérêt, et recueillez le consentement du patient. Installez-le confortablement, bras en extension, appuyé sur une surface stable, avec une protection sous le membre.
Étape 3 : repérer la veine
Posez le garrot à environ 10 à 15 cm au-dessus du site envisagé, suffisamment serré pour bloquer le retour veineux sans interrompre le pouls artériel. Repérez la veine par l’inspection et la palpation. Desserrez le garrot si la préparation doit durer.
Étape 4 : réaliser l’antisepsie
Réalisez une friction hydroalcoolique puis enfilez les gants. Appliquez l’antiseptique largement sur le site de ponction selon le protocole de l’établissement, et respectez le temps de séchage complet. Une fois la peau désinfectée, ne la palpez plus.
Étape 5 : resserrer le garrot et tendre la peau
Resserrez le garrot. Avec le pouce de la main non dominante, tendez la peau sous le point de ponction pour immobiliser la veine, sans toucher la zone désinfectée.
Étape 6 : ponctionner
Tenez le cathéter veineux périphérique biseau vers le haut, avec un angle d’environ 15 à 30° par rapport à la peau selon la profondeur de la veine. Piquez d’un geste franc et régulier dans l’axe de la veine. L’apparition d’un reflux de sang dans la chambre de visualisation indique que l’aiguille est dans la veine.
Étape 7 : avancer le cathéter
Abaissez légèrement l’angle et avancez encore de quelques millimètres pour que l’extrémité du cathéter pénètre elle aussi dans la veine. Puis, en maintenant l’aiguille immobile, faites glisser le cathéter souple dans la veine jusqu’à la garde.
Étape 8 : desserrer le garrot et retirer l’aiguille
Desserrez le garrot. Comprimez la veine en amont de l’extrémité du cathéter pour limiter le reflux sanguin, retirez l’aiguille-guide et éliminez-la immédiatement dans le collecteur OPCT. Avec les cathéters sécurisés, le système de protection de l’aiguille s’active automatiquement.
Étape 9 : connecter, rincer et fixer
Connectez le prolongateur purgé, puis rincez avec du sérum physiologique en vérifiant l’absence de douleur, de résistance ou de gonflement. Fixez le cathéter veineux périphérique avec un pansement transparent stérile qui permet de surveiller le point de ponction. Fixez également la tubulure pour éviter les tractions.
Étape 10 : tracer et surveiller
Retirez les gants, réalisez une friction hydroalcoolique et tracez le soin : date et heure de pose, site, calibre, nombre de tentatives, nom de l’opérateur. Notez la date de pose sur le pansement si le protocole le prévoit, puis démarrez la perfusion prescrite.
L’entretien du cathéter veineux périphérique
Un cathéter veineux périphérique bien entretenu est un cathéter qui dure plus longtemps et provoque moins de complications. Les principes essentiels sont les suivants :
- manipuler le dispositif le moins possible, toujours après friction hydroalcoolique ;
- désinfecter les connexions et les valves avant chaque accès ;
- rincer le cathéter avec du sérum physiologique avant et après chaque injection, et entre deux médicaments incompatibles ;
- changer le pansement s’il est décollé, souillé ou humide ;
- changer les tubulures selon le protocole, et après une transfusion ou un produit lipidique ;
- réévaluer chaque jour la nécessité de maintenir le cathéter et le retirer dès qu’il n’est plus utile.
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La surveillance
La surveillance du point de ponction se fait au minimum à chaque équipe et à chaque manipulation. L’infirmier recherche une douleur, une rougeur, une chaleur, un œdème, un cordon veineux induré, un écoulement ou un décollement du pansement. Il surveille aussi le bon débit de la perfusion et le confort du patient.
De nombreux établissements utilisent une échelle d’évaluation de la phlébite pour coter l’état du site et décider du retrait. La durée de maintien d’un cathéter veineux périphérique est fixée par le protocole de l’établissement, en tenant compte des recommandations et de l’état clinique du site.
Les complications possibles
- La phlébite : inflammation de la veine, se traduisant par douleur, rougeur et cordon induré ; elle impose le retrait du cathéter.
- L’infection : locale ou, plus rarement, bactériémie ; d’où l’importance de l’asepsie.
- L’extravasation ou l’infiltration : passage du soluté hors de la veine, avec gonflement et douleur ; certains produits sont très agressifs pour les tissus.
- L’hématome : lors d’une ponction transfixiante ou d’un retrait mal comprimé.
- L’obstruction : par un caillot, faute de rinçage suffisant.
- Le retrait accidentel : en cas de fixation insuffisante.
Le retrait du cathéter veineux périphérique
Arrêtez la perfusion, réalisez une friction hydroalcoolique et enfilez des gants. Décollez délicatement le pansement, retirez le cathéter dans l’axe de la veine et comprimez le point de ponction avec une compresse stérile pendant une à deux minutes, davantage chez un patient sous anticoagulant. Vérifiez que le cathéter est entier, appliquez un pansement, puis tracez le retrait et l’état du site.
Cas particuliers de pose d’un cathéter veineux périphérique
Chez la personne âgée
Les veines de la personne âgée sont souvent fines, fragiles et mobiles, et la peau se déchire facilement. On privilégie un cathéter veineux périphérique de petit calibre (22 G ou 24 G), un garrot peu serré, voire aucun garrot si la veine est bien visible, et un angle de ponction faible. La fixation doit être douce pour ne pas abîmer la peau lors du retrait du pansement.
Chez l’enfant
Chez l’enfant, la pose d’un cathéter veineux périphérique est souvent source d’angoisse. Une anesthésie locale de contact appliquée à l’avance, la présence rassurante d’un parent, la distraction et une contention douce aident à réaliser le geste dans de bonnes conditions. Les sites et les calibres sont adaptés à l’âge, et la fixation doit être particulièrement solide.
En cas de capital veineux difficile
Chez les patients obèses, déshydratés, polytransfusés ou traités par chimiothérapie, trouver une veine peut être difficile. Réchauffer le membre, le placer en déclive et prendre le temps de bien palper augmentent les chances de réussite. Après deux échecs, il est préférable de demander l’aide d’un collègue expérimenté ou d’un dispositif d’aide à la visualisation. Le médecin peut aussi discuter d’une pose échoguidée d’un cathéter veineux périphérique ou d’un autre type d’accès.
En situation d’urgence
En urgence, la priorité est d’obtenir rapidement un accès veineux fiable, souvent avec un cathéter veineux périphérique de gros calibre au pli du coude. Les règles d’asepsie restent de mise autant que possible ; un cathéter posé dans des conditions d’asepsie dégradées doit être remplacé dès que la situation le permet, selon le protocole de l’établissement.
Le cathéter veineux périphérique et la sécurité du soignant
La pose expose le soignant au risque d’accident d’exposition au sang. L’utilisation de cathéters sécurisés, le port de gants, l’élimination immédiate de l’aiguille dans un collecteur placé à portée de main et l’interdiction de recapuchonner réduisent fortement ce risque. En cas de piqûre accidentelle, l’infirmier applique sans délai le protocole de l’établissement.
Les erreurs à éviter
- palper la zone après l’antisepsie ;
- ne pas respecter le temps de séchage de l’antiseptique ;
- laisser le garrot serré trop longtemps ;
- réintroduire l’aiguille dans le cathéter après l’avoir retirée (risque de section du cathéter) ;
- multiplier les tentatives sur un patient au capital veineux difficile au lieu de demander de l’aide ;
- laisser en place un cathéter veineux périphérique qui n’est plus utile ;
- oublier la traçabilité de la pose et de la surveillance.
Questions fréquentes
Combien de tentatives de pose sont acceptables ?
De nombreux protocoles recommandent de limiter le nombre de tentatives par un même soignant (souvent deux), puis de passer la main à un collègue plus expérimenté. Multiplier les ponctions abîme le capital veineux du patient et augmente sa douleur.
Peut-on prélever du sang sur un cathéter veineux périphérique ?
Un prélèvement est possible au moment de la pose, si le protocole le prévoit. En revanche, les prélèvements répétés sur un cathéter déjà en place sont en général déconseillés, car ils augmentent le risque d’obstruction, d’hémolyse et d’infection.
Que faire en cas de douleur pendant la perfusion ?
Arrêtez la perfusion et examinez le site. Une douleur, un gonflement ou une pâleur autour du point de ponction font suspecter une infiltration : le cathéter doit être retiré et le médecin informé si le produit est irritant.
Faut-il raser la zone avant la pose ?
Le rasage est déconseillé, car il crée des micro-lésions cutanées favorables aux infections. Si la pilosité gêne la fixation du pansement, une tonte avec une tondeuse est préférable, selon le protocole.
S’entraîner en formation
La pose d’un cathéter veineux périphérique demande de l’entraînement. À l’Institut Paramedicalis, les étudiants s’exercent d’abord sur des bras de simulation, jusqu’à maîtriser parfaitement l’asepsie, l’angle de ponction et la mise en place du cathéter. Ils réalisent ensuite leurs premières poses en stage, encadrés par des infirmiers expérimentés. Ce geste est au cœur de notre formation d’infirmier polyvalent.
Pour approfondir la prévention des infections liées aux soins, consultez la fiche de l’OMS sur la sécurité des patients.
Quiz : testez vos connaissances
- Quel calibre correspond à la couleur rose ? Réponse : 20 G.
- Par quelles veines commencer ? Réponse : les plus distales du membre supérieur non dominant.
- Quel angle de ponction utilise-t-on ? Réponse : environ 15 à 30° selon la profondeur de la veine.
- Pourquoi ne jamais réintroduire l’aiguille dans le cathéter ? Réponse : risque de sectionner le cathéter et d’emboliser un fragment.
- Quel pansement privilégier ? Réponse : un pansement transparent stérile, qui permet de surveiller le point de ponction.
- Que faire devant un cordon veineux rouge et douloureux ? Réponse : suspecter une phlébite et retirer le cathéter.
Traçabilité et responsabilité
La traçabilité d’un cathéter veineux périphérique comprend la date et l’heure de pose, le site, le calibre, le nombre de tentatives, le nom de l’opérateur, puis chaque jour l’état du site et la justification du maintien. Ces informations permettent de décider au bon moment du changement ou du retrait, et de repérer les complications.
En cas de complication (phlébite, infiltration, infection, retrait accidentel), l’infirmier informe le médecin, retire le cathéter si nécessaire, surveille le patient et trace l’événement. L’analyse de ces événements au sein de l’équipe contribue à améliorer les pratiques et à réduire les infections liées aux soins.
À retenir
La pose d’un cathéter veineux périphérique repose sur quatre piliers : le bon choix du calibre et de la veine, une asepsie rigoureuse, une technique maîtrisée et une surveillance quotidienne du site. Un cathéter bien posé et bien entretenu, c’est un traitement efficace, moins de complications et un patient plus confortable.
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Avertissement pédagogique : cette fiche est un support de formation destiné aux étudiants et aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni la prescription médicale, ni les protocoles en vigueur dans votre établissement, ni l’encadrement par un professionnel qualifié.
