Prélèvement sanguin : ordre des tubes et 8 étapes essentielles

Étudiante infirmière préparant les tubes d'un prélèvement sanguin

Le prélèvement sanguin veineux est l’un des actes les plus courants de la pratique infirmière. Numération, ionogramme, glycémie, bilan de coagulation, marqueurs cardiaques, hémocultures : les résultats d’analyse orientent chaque jour le diagnostic et le traitement des patients. Un prélèvement sanguin mal réalisé, mal identifié ou réalisé dans le mauvais ordre peut fausser les résultats et conduire à des décisions médicales inadaptées.

Dans cette fiche de cours, les formateurs de l’Institut Paramedicalis expliquent la préparation, le matériel, l’ordre des tubes, la technique en 8 étapes, les règles d’identification et d’acheminement, ainsi que les erreurs à éviter. Un quiz final vous permettra de vérifier vos acquis.

Objectifs pédagogiques

  • préparer un prélèvement sanguin veineux conforme à la prescription ;
  • connaître le matériel et l’ordre de remplissage des tubes ;
  • réaliser la ponction veineuse selon une technique sûre et aseptique ;
  • garantir l’identification, la conservation et l’acheminement des échantillons ;
  • prévenir les erreurs pré-analytiques et les accidents d’exposition au sang.

Qu’est-ce qu’un prélèvement sanguin veineux ?

Le prélèvement sanguin veineux consiste à recueillir un échantillon de sang dans une veine superficielle, le plus souvent au pli du coude, à l’aide d’une aiguille reliée à des tubes sous vide. Le sang est ensuite analysé au laboratoire. La phase qui précède l’analyse, appelée phase pré-analytique, est responsable d’une grande partie des erreurs de résultats : la qualité du geste infirmier est donc déterminante.

Le prélèvement sanguin est réalisé sur prescription médicale. L’infirmier vérifie la prescription, les conditions particulières (patient à jeun, horaire précis, traitement en cours), réalise le geste, identifie les tubes et organise l’acheminement vers le laboratoire.

Préparer le prélèvement sanguin

Vérifier la prescription et les conditions

Avant tout prélèvement sanguin, vérifiez les examens demandés, le nombre et le type de tubes nécessaires, et les conditions requises : jeûne pour certains examens (glycémie, bilan lipidique selon les consignes), horaire par rapport à la prise d’un médicament pour un dosage, repos préalable, conditions de transport (à température ambiante, dans la glace, à l’abri de la lumière).

Préparer le patient

Vérifiez l’identité du patient en lui demandant de décliner lui-même ses nom, prénom et date de naissance, et en les comparant à la prescription et aux étiquettes. Expliquez le soin, recherchez une allergie (antiseptique, latex, sparadrap), un antécédent de malaise lors des prises de sang, un traitement anticoagulant ou un membre à éviter (fistule artério-veineuse, curage ganglionnaire, perfusion en cours).

Le matériel nécessaire

  • la prescription et les étiquettes d’identification du patient ;
  • des tubes adaptés aux examens demandés, dans leur date de validité ;
  • un corps de pompe (porte-tube) et des aiguilles de prélèvement sécurisées, ou une unité de prélèvement à ailettes (épicrânienne) pour les veines fines ;
  • un garrot ;
  • un antiseptique et des compresses selon le protocole ;
  • des gants non stériles ;
  • un pansement adhésif ;
  • un collecteur d’objets piquants, coupants, tranchants (OPCT) ;
  • un sachet de transport et le bon de demande d’examens.

Réalisation d'un prélèvement sanguin veineux au pli du coude

L’ordre des tubes lors d’un prélèvement sanguin

Les tubes contiennent des additifs (anticoagulants, activateurs de coagulation, gels séparateurs, inhibiteurs de glycolyse). Lors d’un prélèvement sanguin, une petite quantité d’additif peut être transférée d’un tube à l’autre par l’aiguille. Pour éviter de fausser les résultats, il faut respecter un ordre de remplissage recommandé par les organismes de normalisation des laboratoires. L’ordre habituellement recommandé est le suivant :

  1. Flacons d’hémoculture (en premier, pour limiter le risque de contamination) ;
  2. Tube citraté (bouchon bleu clair) : bilan de coagulation ;
  3. Tube sec, avec ou sans gel (bouchon rouge ou jaune/or) : sérologies, biochimie sur sérum ;
  4. Tube hépariné (bouchon vert) : biochimie sur plasma ;
  5. Tube EDTA (bouchon violet) : numération formule sanguine, groupe sanguin, HbA1c ;
  6. Tube fluoré (bouchon gris) : glycémie, lactates.

Les couleurs des bouchons peuvent légèrement varier selon les fabricants : référez-vous toujours au guide du laboratoire de votre établissement. Retenez surtout le principe : les hémocultures d’abord, le citrate avant les tubes contenant d’autres additifs, et l’EDTA ainsi que le fluorure en fin de prélèvement sanguin.

Le cas du tube citraté

Le tube citraté doit être rempli exactement jusqu’au trait indiqué, car le rapport entre le sang et l’anticoagulant conditionne la fiabilité du bilan de coagulation. Lorsqu’on utilise une unité à ailettes et que le tube citraté est le premier tube, on prélève d’abord un tube de purge (tube neutre ou citraté jeté) pour chasser l’air de la tubulure.

La technique du prélèvement sanguin en 8 étapes

Étape 1 : se préparer

Réalisez une friction hydroalcoolique. Préparez le matériel sur un plateau propre, étiquettes et tubes rangés dans l’ordre de remplissage. Installez le patient assis confortablement, bras en extension sur un accoudoir, ou allongé s’il a des antécédents de malaise.

Étape 2 : poser le garrot et repérer la veine

Posez le garrot à environ 7 à 10 cm au-dessus du pli du coude. Repérez la veine par la palpation : on privilégie souvent la veine médiane du pli du coude, bien fixée et peu douloureuse. Le garrot ne doit pas rester serré plus d’une minute, car une stase prolongée modifie certains résultats (potassium, protéines, cellules sanguines). N’hésitez pas à le desserrer pendant la préparation.

Étape 3 : désinfecter

Enfilez les gants. Désinfectez la zone de ponction selon le protocole, puis laissez sécher complètement l’antiseptique. Ne repalpez plus la zone après la désinfection. Pour des hémocultures, l’antisepsie suit un protocole renforcé spécifique.

Étape 4 : ponctionner

Resserrez le garrot si nécessaire, tendez la peau sous le point de ponction avec le pouce, et piquez biseau vers le haut, avec un angle faible (environ 15 à 30°), dans l’axe de la veine. Demandez au patient de ne pas serrer le poing de manière répétée, ce qui peut fausser le dosage du potassium.

Étape 5 : remplir les tubes

Tout en maintenant fermement le corps de pompe, insérez les tubes les uns après les autres dans l’ordre recommandé. Laissez chaque tube se remplir jusqu’à l’arrêt de l’aspiration. Retournez doucement chaque tube plusieurs fois après son remplissage pour mélanger le sang et l’additif, sans jamais secouer : une agitation vigoureuse provoque une hémolyse.

Étape 6 : desserrer le garrot et retirer l’aiguille

Desserrez le garrot avant de retirer l’aiguille. Retirez l’aiguille dans l’axe, activez immédiatement le système de sécurité et éliminez l’ensemble dans le collecteur OPCT, sans recapuchonner.

Étape 7 : comprimer et panser

Comprimez le point de ponction avec une compresse pendant une à deux minutes, bras tendu (plier le bras favorise l’hématome). Prolongez la compression chez un patient sous anticoagulant. Appliquez ensuite un pansement adhésif.

Étape 8 : identifier, tracer et acheminer

Étiquetez chaque tube immédiatement, au lit du patient, jamais à l’avance. Complétez le bon de demande : identité, date et heure du prélèvement sanguin, nom du préleveur, renseignements cliniques utiles. Tracez l’acte dans le dossier de soins et acheminez les échantillons au laboratoire dans les délais et conditions requis.

Identification : une étape de sécurité essentielle

Une erreur d’identification sur un prélèvement sanguin peut avoir des conséquences dramatiques, en particulier pour le groupe sanguin avant une transfusion. Les règles sont strictes : identification active du patient, étiquetage au lit du patient, un seul patient à la fois, et vérification de la concordance entre le patient, les étiquettes et le bon de demande. Pour la détermination du groupe sanguin, de nombreux protocoles exigent deux prélèvements réalisés à des moments distincts.

Les erreurs pré-analytiques à éviter

  • L’hémolyse : due à une aiguille trop fine, une aspiration trop forte, une agitation des tubes ou un transport inadapté ; elle fausse notamment le potassium.
  • La stase prolongée : garrot serré trop longtemps, poing serré de façon répétée.
  • Le mauvais ordre des tubes : contamination par les additifs, par exemple un faux potassium élevé après contamination par l’EDTA.
  • Le remplissage insuffisant : en particulier du tube citraté.
  • Le prélèvement du côté d’une perfusion : dilution de l’échantillon et résultats faussés.
  • Le non-respect du jeûne ou de l’horaire : glycémie, bilan lipidique, dosages de médicaments.
  • Le délai d’acheminement trop long : certains examens se dégradent rapidement.
  • L’erreur d’identification : la plus grave de toutes.

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Complications et incidents

Le prélèvement sanguin est un geste sûr, mais quelques incidents peuvent survenir. Le malaise vagal, lié à l’appréhension ou à la vue du sang, se manifeste par une pâleur, des sueurs, des nausées et parfois une perte de connaissance : on arrête le prélèvement, on allonge le patient jambes surélevées et on le surveille. L’hématome est prévenu par une bonne compression. Une douleur vive irradiant dans l’avant-bras doit faire arrêter immédiatement la ponction, car elle peut évoquer le contact avec un nerf.

Particularités selon le patient

Chez la personne âgée, les veines sont fragiles : on utilise volontiers une unité à ailettes et un garrot peu serré. Chez l’enfant, le prélèvement sanguin nécessite une préparation spécifique (anesthésie locale de contact, présence d’un parent, matériel pédiatrique, volumes réduits). Chez le patient perfusé, on prélève sur le bras opposé à la perfusion, ou selon le protocole après arrêt temporaire de celle-ci.

Communication et confort du patient

Beaucoup de patients redoutent la prise de sang. Quelques attitudes simples rendent le prélèvement sanguin plus confortable : expliquer chaque étape, prévenir juste avant la piqûre, proposer au patient de regarder ailleurs et de respirer calmement, et rester attentif aux signes de malaise. Un patient ayant déjà fait un malaise est installé allongé dès le départ.

La qualité de la relation soignant-patient compte autant que la technique : un patient détendu a des veines plus faciles à ponctionner, et un soignant calme réalise un geste plus précis. Après le soin, on vérifie que le patient se sent bien avant de le laisser se lever.

Prévenir les accidents d’exposition au sang

Lors d’un prélèvement sanguin, le soignant est exposé au risque de piqûre. Les mesures de prévention sont simples : matériel sécurisé, gants, collecteur OPCT à portée de main, élimination immédiate de l’aiguille et interdiction de recapuchonner. En cas d’accident, appliquez immédiatement le protocole : nettoyage, antisepsie, déclaration et consultation médicale rapide.

L’Organisation mondiale de la santé a publié des recommandations de référence sur les bonnes pratiques du prélèvement sanguin, disponibles sur le site de l’OMS.

Le prélèvement pour hémocultures

Les hémocultures servent à rechercher des bactéries ou des champignons dans le sang, en cas de fièvre ou de suspicion d’infection grave. C’est un prélèvement sanguin particulièrement exposé au risque de contamination par la flore cutanée, qui donnerait un faux résultat positif. Les règles sont donc renforcées :

  • antisepsie cutanée rigoureuse, en respectant le protocole et le temps de séchage ;
  • désinfection des bouchons des flacons avant la ponction ;
  • remplissage des flacons avec le volume de sang recommandé, qui conditionne la sensibilité de l’examen ;
  • prélèvement des hémocultures avant les autres tubes ;
  • prélèvement si possible avant le début de l’antibiothérapie, selon la prescription ;
  • mention de l’heure, du site de ponction et de la température du patient sur le bon.

Conservation et transport des échantillons

Une fois le prélèvement sanguin réalisé, la qualité de l’échantillon dépend encore de sa conservation et de son transport. Les tubes sont placés debout dans un sachet de transport fermé, séparés du bon de demande. La plupart des examens tolèrent un transport à température ambiante, dans un délai défini par le laboratoire. Certains examens exigent des conditions particulières : transport dans la glace, à l’abri de la lumière, ou acheminement immédiat.

Un échantillon oublié dans un service, exposé à la chaleur ou transporté trop tardivement peut donner des résultats erronés. L’infirmier connaît les délais et les conditions des examens les plus fréquents et consulte le guide du laboratoire en cas de doute.

Les examens les plus fréquents

  • La numération formule sanguine (NFS) : globules rouges, globules blancs, plaquettes, hémoglobine ; tube EDTA.
  • Le bilan de coagulation : TP, INR, TCA ; tube citraté, rempli jusqu’au trait.
  • L’ionogramme et la fonction rénale : sodium, potassium, créatinine ; tube hépariné ou sec selon le laboratoire.
  • La glycémie : tube fluoré, qui bloque la consommation du glucose par les cellules.
  • Le bilan hépatique et les marqueurs inflammatoires : tube sec ou hépariné selon le laboratoire.
  • Le groupe sanguin et la recherche d’agglutinines irrégulières : tube EDTA, avec des règles d’identification très strictes.

Connaître ces correspondances permet de préparer plus rapidement un prélèvement sanguin et d’éviter d’oublier un tube, ce qui obligerait à piquer le patient une seconde fois.

Questions fréquentes sur le prélèvement sanguin

Faut-il être à jeun pour une prise de sang ?

Cela dépend des examens demandés. Certains dosages nécessitent un jeûne, d’autres non. L’infirmier vérifie les consignes du laboratoire et informe le patient à l’avance.

Pourquoi ne faut-il pas secouer les tubes ?

L’agitation vigoureuse détruit les globules rouges (hémolyse) et libère leur contenu dans le plasma, ce qui fausse plusieurs résultats. On retourne doucement les tubes plusieurs fois, selon les recommandations du fabricant.

Peut-on prélever sur un cathéter déjà en place ?

C’est en général déconseillé pour un cathéter veineux périphérique déjà en place, en raison du risque d’hémolyse, de dilution et d’infection. Des protocoles spécifiques existent pour les dispositifs centraux.

Combien de temps comprimer après le prélèvement ?

Une à deux minutes en général, bras tendu, et plus longtemps chez les patients sous anticoagulants ou antiagrégants.

S’entraîner en formation

À l’Institut Paramedicalis, les étudiants apprennent le prélèvement sanguin en salle de travaux pratiques, sur des bras de simulation, avant de le réaliser en stage auprès des patients, sous la supervision d’infirmiers expérimentés. L’accent est mis sur l’asepsie, l’ordre des tubes et l’identification. Ce geste fait partie des compétences clés de notre formation d’infirmier polyvalent. Retrouvez aussi notre fiche sur la pose d’un cathéter veineux périphérique.

Pour réviser efficacement

Pour mémoriser l’ordre des tubes et les étapes du prélèvement sanguin, fabriquez-vous une fiche mémo avec les couleurs de bouchons de votre laboratoire, entraînez-vous à voix haute en salle de travaux pratiques et observez attentivement les infirmiers expérimentés en stage. Avant chaque prélèvement, prenez l’habitude de vérifier mentalement la liste : identité, prescription, conditions, matériel, ordre des tubes, étiquetage, acheminement. Cette routine limite les oublis et sécurise le geste.

Quiz : testez vos connaissances

  1. Quel flacon prélève-t-on en premier ? Réponse : les flacons d’hémoculture.
  2. Quel tube doit être rempli exactement jusqu’au trait ? Réponse : le tube citraté (bleu clair).
  3. Pendant combien de temps maximum laisser le garrot ? Réponse : environ une minute.
  4. Quand étiqueter les tubes ? Réponse : immédiatement après le prélèvement sanguin, au lit du patient.
  5. Quelle est la conséquence d’une agitation vigoureuse des tubes ? Réponse : une hémolyse.
  6. Faut-il plier le bras après le prélèvement ? Réponse : non, on comprime bras tendu.

Traçabilité et responsabilité

La traçabilité d’un prélèvement sanguin comprend l’heure exacte du prélèvement, le nom du préleveur, les examens réalisés et les conditions particulières (patient à jeun, horaire d’un dosage de médicament, site de ponction pour les hémocultures). Ces informations sont indispensables au laboratoire pour interpréter correctement les résultats.

En cas d’erreur d’identification, de tube manquant ou d’échantillon non conforme, l’infirmier prévient le laboratoire et le médecin, et un nouveau prélèvement est organisé si nécessaire. Les non-conformités sont déclarées selon la procédure de l’établissement afin d’améliorer la qualité de la phase pré-analytique.

À retenir

Un prélèvement sanguin de qualité repose sur une préparation rigoureuse, une ponction aseptique, le respect de l’ordre des tubes, une identification irréprochable et un acheminement rapide. Chaque étape compte pour que le résultat reflète vraiment l’état du patient.

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Avertissement pédagogique : cette fiche est un support de formation destiné aux étudiants et aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni la prescription médicale, ni les protocoles en vigueur dans votre établissement, ni l’encadrement par un professionnel qualifié.

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