L’oxygénothérapie est l’un des traitements les plus utilisés à l’hôpital, des urgences à la réanimation en passant par les services de médecine et de pneumologie. Elle consiste à administrer de l’oxygène à un patient dont le sang n’en contient pas assez. Si le geste paraît simple, l’oxygène reste un médicament : il se prescrit, se dose, se surveille et comporte des risques. Dans cet article, l’Institut Paramedicalis vous présente les 8 points essentiels de l’oxygénothérapie : indications, dispositifs, débits, sécurité et surveillance infirmière.
Cet article a une vocation pédagogique et s’adresse aux étudiants infirmiers et aux soignants. Il ne remplace ni la prescription médicale ni les protocoles de votre établissement.
Point 1 : comprendre ce qu’est l’oxygénothérapie
L’air que nous respirons contient environ 21 % d’oxygène. Chez une personne en bonne santé, cela suffit à oxygéner correctement le sang. Mais en cas de maladie respiratoire, cardiaque ou de situation d’urgence, le sang peut manquer d’oxygène : on parle d’hypoxémie. L’oxygénothérapie permet d’enrichir l’air inspiré en oxygène pour corriger cette hypoxémie et protéger les organes vitaux, en particulier le cerveau et le cœur.
On mesure la quantité d’oxygène inspirée par la FiO2 (fraction inspirée en oxygène), exprimée en pourcentage. L’oxygénothérapie augmente la FiO2 au-delà de 21 %, plus ou moins fortement selon le dispositif et le débit utilisés.
Comment évalue-t-on l’oxygénation ?
- par la saturation pulsée en oxygène (SpO2), mesurée par un oxymètre de pouls placé au doigt ou à l’oreille : c’est la méthode de surveillance la plus courante ;
- par la gazométrie artérielle, prélevée sur prescription, qui mesure précisément la pression partielle en oxygène (PaO2), en gaz carbonique (PaCO2) et le pH ;
- par l’observation clinique : fréquence respiratoire, signes de lutte, coloration, état de conscience.
La SpO2 fait partie des constantes vitales que l’infirmier surveille quotidiennement.
Point 2 : connaître les indications de l’oxygénothérapie
L’oxygénothérapie est indiquée lorsque l’oxygénation est insuffisante. Parmi les situations les plus fréquentes :
- les infections respiratoires : pneumonie, bronchiolite, infections virales sévères ;
- les poussées d’insuffisance respiratoire chronique (BPCO) ;
- la crise d’asthme sévère ;
- l’œdème aigu du poumon et l’insuffisance cardiaque décompensée ;
- l’embolie pulmonaire ;
- les états de choc, les traumatismes graves, l’arrêt cardiaque ;
- l’intoxication au monoxyde de carbone ;
- la période postopératoire, notamment après une anesthésie générale.
Les objectifs de saturation
L’oxygénothérapie vise une saturation cible fixée par le médecin. Pour la plupart des patients, on vise généralement une SpO2 comprise entre 94 et 98 %. Chez les patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique avec risque de rétention de gaz carbonique (certains patients BPCO), l’objectif est souvent plus bas, autour de 88 à 92 %, car un excès d’oxygène peut aggraver l’hypercapnie. L’objectif doit figurer sur la prescription.
Point 3 : respecter la prescription
L’oxygène est un médicament. Sauf situation d’urgence vitale prévue par un protocole, l’oxygénothérapie est administrée sur prescription médicale, qui précise :
- le dispositif d’administration (lunettes, masque…) ;
- le débit en litres par minute ou la FiO2 souhaitée ;
- la saturation cible ;
- la durée : continue, nocturne, à l’effort, ponctuelle ;
- les modalités d’adaptation du débit selon la SpO2, le cas échéant.
L’infirmier vérifie la prescription, informe le patient, met en place le dispositif adapté, surveille l’efficacité et la tolérance, et trace le soin dans le dossier.
Point 4 : choisir le bon dispositif
Le choix du dispositif dépend du besoin en oxygène, de la tolérance du patient et de la précision nécessaire.
Les lunettes nasales
Ce sont les plus utilisées. Deux petits embouts sont placés dans les narines, la tubulure passant derrière les oreilles. Elles sont confortables, permettent de parler, de manger et de boire. Elles s’utilisent pour des débits faibles, de 1 à 6 litres par minute environ. Au-delà, elles deviennent inconfortables et assèchent les muqueuses sans gain significatif.
Le masque simple
Il recouvre le nez et la bouche et permet d’apporter une concentration en oxygène plus élevée. Il s’utilise avec un débit d’au moins 5 litres par minute, généralement entre 5 et 10 L/min : en dessous, le patient risque de réinhaler le gaz carbonique qu’il expire et qui s’accumule dans le masque.
Le masque à haute concentration
Équipé d’un ballon réservoir et de valves, il permet d’atteindre des concentrations en oxygène très élevées. Il s’utilise avec un débit élevé, généralement de 10 à 15 litres par minute, de façon à ce que le ballon reste gonflé. Il est réservé aux situations d’urgence ou d’hypoxémie sévère.
Le masque Venturi
Il délivre une FiO2 précise et stable grâce à un système de bagues colorées ou réglables, chacune correspondant à une concentration et à un débit d’oxygène déterminés. Il est particulièrement utile chez les patients pour lesquels on souhaite contrôler finement l’apport en oxygène, comme certains patients BPCO.
L’oxygénothérapie à haut débit nasal
Dans certains services (urgences, soins intensifs, réanimation), on utilise des systèmes délivrant un mélange d’air et d’oxygène chauffé et humidifié à très haut débit par des canules nasales spécifiques. Ces dispositifs nécessitent une surveillance rapprochée et des compétences particulières.

Point 5 : mettre en place l’oxygénothérapie étape par étape
- Vérifier la prescription et identifier le patient.
- Informer le patient et lui expliquer le but du traitement et les règles de sécurité.
- Réaliser une hygiène des mains.
- Installer le patient en position demi-assise si son état le permet, ce qui facilite la respiration.
- Préparer la source d’oxygène : prise murale avec débitlitre ou bouteille avec manodétendeur ; vérifier le niveau de remplissage de la bouteille.
- Ajouter un humidificateur si le protocole le prévoit (souvent pour des débits élevés ou une oxygénothérapie prolongée).
- Connecter le dispositif (lunettes ou masque) à la tubulure et régler le débit prescrit.
- Vérifier l’arrivée d’oxygène (sensation de flux, ballon réservoir gonflé pour le masque haute concentration).
- Installer le dispositif sur le patient, ajuster pour qu’il soit confortable et étanche sans serrer excessivement.
- Mesurer la SpO2 et observer le patient quelques minutes après la mise en place.
- Tracer dans le dossier : heure, dispositif, débit, SpO2 avant et après, tolérance.
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Point 6 : respecter les règles de sécurité
L’oxygène n’est pas inflammable lui-même, mais il active fortement la combustion : en présence d’oxygène, un petit départ de feu peut devenir très violent. Les règles de sécurité sont donc strictes :
- interdiction absolue de fumer à proximité, y compris pour l’entourage, et pas de cigarette électronique ;
- pas de flamme ni de source de chaleur à proximité (bougie, réchaud, briquet) ;
- pas de corps gras (vaseline, crèmes grasses) sur le visage ou sur le matériel d’oxygène, ni sur les mains qui manipulent les raccords ; utiliser des produits hydratants à base d’eau ;
- bouteilles fixées ou posées sur un chariot adapté, à l’abri des chocs et de la chaleur ;
- ouverture lente des robinets des bouteilles ;
- fermeture de l’arrivée d’oxygène dès que le traitement est interrompu.
Ces règles doivent être expliquées au patient et à ses visiteurs, et rappelées régulièrement.
Point 7 : surveiller le patient sous oxygénothérapie
La surveillance est au cœur du rôle infirmier. Elle porte sur l’efficacité, la tolérance et les complications.
L’efficacité
- SpO2, à la fréquence définie par la prescription ou l’état du patient, en vérifiant la qualité du signal (doigts froids, vernis, mouvements peuvent fausser la mesure) ;
- fréquence respiratoire et amplitude ;
- signes de lutte respiratoire : tirage, battement des ailes du nez, utilisation des muscles du cou, respiration abdominale paradoxale ;
- coloration des lèvres et des extrémités (cyanose) ;
- fréquence cardiaque et tension artérielle ;
- état de conscience et comportement.
Bien mesurer la SpO2
La surveillance de l’oxygénothérapie repose largement sur l’oxymètre de pouls. Pour obtenir une mesure fiable :
- placer le capteur sur un doigt propre, sans vernis ni faux ongle, ou sur le lobe de l’oreille ;
- vérifier que les extrémités sont chaudes et bien perfusées : des mains froides ou un état de choc faussent la mesure ;
- attendre que la courbe de pouls soit stable avant de lire la valeur ;
- vérifier que la fréquence cardiaque affichée par l’oxymètre correspond au pouls du patient ;
- changer régulièrement le capteur de place en cas de surveillance continue, pour éviter les lésions cutanées.
Enfin, rappelez-vous qu’une SpO2 normale ne signifie pas toujours que tout va bien : un patient peut avoir une saturation correcte sous oxygène tout en s’épuisant (fréquence respiratoire élevée, signes de lutte) ou en accumulant du gaz carbonique. L’observation clinique reste indispensable.
Les signes d’hypercapnie
Chez les patients à risque, un apport excessif d’oxygène peut entraîner une accumulation de gaz carbonique. Les signes qui doivent alerter sont : somnolence inhabituelle, confusion, maux de tête, sueurs, rougeur du visage, tremblements des mains, hypertension. Ces signes imposent d’alerter rapidement le médecin.
La tolérance et le confort
- sécheresse du nez, de la bouche et de la gorge : soins de bouche et de nez réguliers, humidification si prescrite, hydratation ;
- lésions cutanées dues aux lunettes ou au masque, en particulier derrière les oreilles et sur l’arête du nez : protéger les zones d’appui et les surveiller ;
- sensation d’étouffement sous masque, angoisse : rassurer, expliquer, adapter le dispositif avec le médecin si besoin ;
- positionnement correct du dispositif, notamment la nuit.
Le matériel
L’infirmier vérifie régulièrement le débit réglé, l’absence de coudure de la tubulure, le niveau d’eau de l’humidificateur, le niveau de la bouteille lors des transports et le changement du matériel selon le protocole d’hygiène.
Point 8 : adapter, sevrer et éduquer
L’adaptation du débit
Le débit d’oxygène est adapté selon les consignes du médecin, en fonction de la SpO2 cible. L’infirmier ne doit pas augmenter fortement le débit chez un patient à risque d’hypercapnie sans avis médical, ni l’arrêter brutalement sans prescription.
Le sevrage
Lorsque l’état respiratoire s’améliore, le médecin prescrit une diminution progressive du débit, puis l’arrêt de l’oxygénothérapie. La SpO2 est surveillée de près pendant cette période, au repos et à l’effort.
L’oxygénothérapie à domicile
Certains patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique bénéficient d’une oxygénothérapie au long cours à domicile, souvent grâce à un concentrateur d’oxygène, éventuellement complété par des bouteilles ou un appareil portable pour les déplacements. L’éducation du patient et de son entourage est alors essentielle : utilisation du matériel, respect de la durée quotidienne prescrite, règles de sécurité (tabac, flammes, corps gras), entretien, conduite à tenir en cas de panne ou d’aggravation.
Le rôle éducatif de l’infirmier
Un patient qui comprend son traitement le suit mieux. L’infirmier explique pourquoi l’oxygénothérapie est nécessaire, comment porter correctement les lunettes ou le masque, pourquoi il ne faut pas modifier soi-même le débit et quels signes doivent l’amener à appeler : essoufflement qui augmente, maux de tête, somnolence inhabituelle. Il rappelle aussi les règles de sécurité à la famille et aux visiteurs. Cette éducation prend tout son sens lors de la préparation d’un retour à domicile avec oxygène.
L’oxygénothérapie dans des situations particulières
Chez l’enfant
Chez le nourrisson et l’enfant, l’oxygénothérapie se fait avec du matériel adapté à la taille (lunettes pédiatriques, masques de petite taille) et des débits plus faibles. Les signes de détresse respiratoire sont spécifiques : tirage, geignement, battement des ailes du nez, difficultés à s’alimenter. La présence des parents aide à faire accepter le dispositif.
Chez la personne âgée
La personne âgée tolère parfois mal les lunettes ou le masque, surtout en cas de confusion : elle peut les retirer sans s’en rendre compte. Une surveillance fréquente, des explications répétées et une attention particulière aux lésions cutanées derrière les oreilles sont nécessaires.
Chez le patient BPCO
Chez le patient atteint de bronchopneumopathie chronique obstructive, l’oxygénothérapie doit être particulièrement bien dosée. L’objectif de saturation est souvent plus bas, le masque Venturi est fréquemment utilisé et la surveillance de l’état de conscience est renforcée. Des gazométries répétées peuvent être prescrites pour vérifier l’absence d’aggravation de l’hypercapnie.
Pendant les transports
Lors d’un transfert vers un examen ou un autre service, l’oxygénothérapie doit être poursuivie avec une bouteille portable. Avant de partir, l’infirmier vérifie le niveau de la bouteille et calcule l’autonomie disponible, en tenant compte du débit prescrit et d’une marge de sécurité en cas d’attente. Un oxymètre portable permet de surveiller le patient pendant le trajet.
La nuit
Pendant le sommeil, la respiration se modifie et les dispositifs peuvent se déplacer. Lors des tours de nuit, l’infirmier vérifie le bon positionnement des lunettes ou du masque, la SpO2 et le confort du patient, sans le réveiller inutilement.
Oxygénothérapie et urgences vitales
Dans les situations d’urgence (arrêt cardiaque, détresse respiratoire sévère, choc), l’oxygène fait partie des premiers gestes, selon les protocoles du service, en attendant ou en parallèle de l’intervention médicale. En cas d’arrêt cardio-respiratoire, la priorité reste le massage cardiaque et la ventilation : consultez notre article sur la réanimation cardio-pulmonaire.
Les erreurs fréquentes à éviter
- Utiliser un masque simple avec un débit trop faible (moins de 5 L/min).
- Dépasser 6 L/min avec des lunettes nasales sans indication.
- Donner de fortes concentrations d’oxygène à un patient BPCO à risque d’hypercapnie sans surveillance.
- Appliquer de la vaseline sur les lèvres ou le nez d’un patient sous oxygène.
- Se fier uniquement à la SpO2 sans observer le patient.
- Oublier de vérifier la bouteille lors d’un transport.
- Ne pas tracer le débit et la saturation.
Questions fréquentes sur l’oxygénothérapie
L’oxygène peut-il être dangereux ?
Oui, comme tout médicament. Un excès d’oxygène peut aggraver l’hypercapnie chez certains patients, assécher les muqueuses et, à très forte concentration prolongée, avoir des effets toxiques. Sans compter le risque d’incendie si les règles de sécurité ne sont pas respectées.
Faut-il toujours humidifier l’oxygène ?
Pas systématiquement. Pour les débits faibles et de courte durée, l’humidification n’est généralement pas nécessaire. Elle est souvent recommandée pour les débits élevés ou les oxygénothérapies prolongées, selon les protocoles de l’établissement.
Pourquoi le patient sous lunettes doit-il respirer par le nez ?
Les lunettes délivrent l’oxygène dans les narines. Même si une partie de l’oxygène est inhalée en respirant par la bouche, la respiration nasale améliore l’efficacité. Chez les patients qui respirent surtout par la bouche, un masque peut être plus adapté, sur décision médicale.
Combien de temps dure une bouteille d’oxygène ?
L’autonomie dépend du volume de la bouteille, de sa pression de remplissage et du débit utilisé. On peut l’estimer en multipliant le volume de la bouteille (en litres) par la pression indiquée sur le manomètre (en bars), ce qui donne la quantité d’oxygène disponible en litres, puis en divisant par le débit en litres par minute. Par exemple, une bouteille de 5 litres à 200 bars contient environ 1 000 litres d’oxygène : à 5 L/min, elle dure environ 200 minutes. On garde toujours une marge de sécurité.
Le patient peut-il manger avec son oxygène ?
Avec des lunettes nasales, oui, et c’est l’un de leurs avantages. Avec un masque, il faut demander au médecin si l’oxygénothérapie peut être temporairement remplacée par des lunettes pendant le repas, afin de ne pas interrompre l’apport d’oxygène chez un patient qui en a besoin.
À retenir
- L’oxygène est un médicament : prescription, dosage, surveillance et traçabilité.
- Objectif de SpO2 souvent entre 94 et 98 %, plus bas (88-92 %) chez certains patients à risque d’hypercapnie.
- Lunettes nasales : 1 à 6 L/min ; masque simple : au moins 5 L/min ; masque haute concentration : 10 à 15 L/min ; masque Venturi : FiO2 précise.
- Sécurité : pas de tabac, pas de flamme, pas de corps gras.
- Surveillance de la SpO2, de la respiration, de la conscience et de la tolérance cutanée.
- Adapter et sevrer uniquement selon la prescription.
À l’Institut Paramedicalis, les étudiants manipulent les différents dispositifs d’oxygénothérapie en salle de simulation et apprennent à surveiller un patient en détresse respiratoire avant leurs stages hospitaliers.
