Hypoglycémie : les 7 réflexes essentiels de l’infirmier en urgence

Infirmier expliquant l'utilisation d'un lecteur de glycémie à un patient

L’hypoglycémie est l’une des urgences les plus fréquentes chez les patients diabétiques, à l’hôpital comme à domicile. Bien prise en charge, elle se corrige en quelques minutes ; négligée, elle peut entraîner des troubles de la conscience, des convulsions, voire un coma. Pour l’infirmier, savoir reconnaître une hypoglycémie et agir sans attendre est une compétence vitale. Dans cet article, l’Institut Paramedicalis vous présente les 7 réflexes essentiels pour identifier les signes, réaliser le bon resucrage et assurer la surveillance du patient.

Cet article a une vocation pédagogique : il s’adresse aux étudiants infirmiers et aux soignants qui souhaitent revoir les bases. Il ne remplace pas les protocoles de votre établissement ni la prescription médicale.

Qu’est-ce que l’hypoglycémie ?

L’hypoglycémie correspond à une baisse anormale du taux de glucose dans le sang. Le glucose est le principal carburant des cellules, et surtout du cerveau, qui ne dispose pratiquement pas de réserves. Lorsque la glycémie chute, l’organisme réagit d’abord par une décharge d’adrénaline (d’où les sueurs et les tremblements), puis, si la baisse se poursuit, le fonctionnement du cerveau est perturbé.

Les seuils à connaître

Chez le patient diabétique traité, on parle généralement d’hypoglycémie lorsque la glycémie est inférieure à 0,70 g/L (3,9 mmol/L). Une glycémie inférieure à 0,54 g/L (3,0 mmol/L) correspond à une hypoglycémie significative, qui doit être corrigée immédiatement. On parle d’hypoglycémie sévère lorsque le patient a besoin de l’aide d’un tiers pour se resucrer, quel que soit le chiffre mesuré.

Attention : certains patients ressentent des symptômes avec une glycémie encore normale, d’autres ne ressentent plus rien malgré des valeurs très basses. Il faut donc toujours associer l’observation clinique et la mesure de la glycémie.

Qui est concerné ?

L’hypoglycémie touche principalement les patients diabétiques traités par insuline ou par certains antidiabétiques oraux comme les sulfamides hypoglycémiants et les glinides. Elle peut aussi survenir, plus rarement, chez des personnes non diabétiques : jeûne prolongé, consommation excessive d’alcool, insuffisance hépatique ou surrénalienne, dénutrition sévère, certaines tumeurs ou après une chirurgie digestive.

Les causes fréquentes d’hypoglycémie

Chez le patient diabétique, l’hypoglycémie résulte presque toujours d’un déséquilibre entre le traitement, l’alimentation et l’activité physique. Les causes les plus fréquentes sont :

  • Une dose d’insuline trop élevée ou une erreur d’administration (mauvais stylo, confusion entre insuline rapide et lente, double injection).
  • Un repas sauté, retardé ou insuffisant, par exemple chez un patient à jeun pour un examen ou qui mange peu à l’hôpital.
  • Une activité physique inhabituelle sans adaptation du traitement ou de l’alimentation.
  • La consommation d’alcool, qui bloque la production de glucose par le foie.
  • Une insuffisance rénale, qui prolonge l’action de l’insuline et de certains médicaments.
  • Des vomissements ou une diarrhée qui empêchent l’absorption des glucides.
  • Une interaction médicamenteuse ou une modification récente du traitement.

Repérer la cause est essentiel : cela permet d’adapter la surveillance et d’éviter la récidive.

Réflexe 1 : reconnaître les signes de l’hypoglycémie

Les signes d’hypoglycémie apparaissent souvent brutalement, en quelques minutes. On les classe en deux grandes catégories.

Les signes d’alerte (signes adrénergiques)

Ce sont les premiers signes, liés à la réaction de l’organisme :

  • sueurs froides, peau moite ;
  • tremblements ;
  • palpitations, accélération du pouls ;
  • pâleur ;
  • sensation de faim intense ;
  • anxiété, nervosité, irritabilité.

Les signes de souffrance cérébrale (signes neuroglucopéniques)

Si la glycémie continue de baisser, le cerveau manque de glucose :

  • difficultés de concentration, ralentissement ;
  • troubles de la vision (vision floue ou double) ;
  • difficultés à parler, propos incohérents ;
  • troubles du comportement : agressivité, agitation, comportement inhabituel pouvant faire croire à une ivresse ;
  • maux de tête, vertiges ;
  • somnolence, confusion ;
  • convulsions, perte de connaissance, coma.

Les situations pièges

Chez la personne âgée, le patient sous bêtabloquants ou le diabétique ancien, les signes d’alerte peuvent être absents ou atténués : le patient passe directement à la confusion ou au malaise. La nuit, l’hypoglycémie peut se manifester par des cauchemars, des sueurs nocturnes ou des maux de tête au réveil. Devant tout trouble du comportement ou de la conscience chez un patient diabétique, il faut penser à l’hypoglycémie et contrôler la glycémie.

Réflexe 2 : confirmer par une glycémie capillaire

Dès que possible, l’infirmier réalise une glycémie capillaire pour confirmer le diagnostic. Le geste est rapide : hygiène des mains, lavage ou nettoyage du doigt du patient, piqûre sur le côté de la pulpe, première goutte essuyée si le protocole le prévoit, lecture du résultat.

Cependant, si le lecteur n’est pas disponible immédiatement et que les signes sont évidents, il ne faut pas retarder le resucrage. Donner du sucre à un patient qui n’est finalement pas en hypoglycémie est sans danger à court terme ; laisser évoluer une vraie hypoglycémie peut être grave. La glycémie sera contrôlée dès que possible.

Pensez à noter l’heure et la valeur mesurée : ces informations seront indispensables pour le suivi et les transmissions.

Réflexe 3 : évaluer l’état de conscience

La conduite à tenir dépend d’une question simple : le patient est-il conscient et capable d’avaler sans risque ?

Pour l’évaluer, observez si le patient répond aux questions de façon adaptée, s’il est orienté, s’il peut tenir un verre et déglutir correctement. En cas de doute sur la déglutition (somnolence, confusion importante, troubles de la parole), on considère que le patient ne peut pas avaler en sécurité : le risque de fausse route est réel.

Pour une évaluation plus précise de la conscience, l’infirmier peut s’appuyer sur les outils de surveillance neurologique utilisés dans son service et sur la surveillance des constantes vitales.

Infirmière réalisant une éducation thérapeutique sur l'hypoglycémie avec un patient diabétique

Réflexe 4 : resucrer le patient conscient (règle des 15)

Chez le patient conscient qui peut avaler, le resucrage se fait par voie orale avec des sucres rapides. On applique classiquement la règle des 15 :

  1. Donner environ 15 g de sucre rapide, par exemple : 3 morceaux de sucre (ou 3 sucres en poudre dissous dans un peu d’eau), un verre d’environ 150 ml de jus de fruits ou de soda classique (non « light », non « zéro »), ou une cuillère à soupe de miel ou de confiture.
  2. Attendre 15 minutes, en restant auprès du patient et en le surveillant.
  3. Contrôler à nouveau la glycémie. Si elle reste inférieure à 0,70 g/L ou si les symptômes persistent, renouveler la prise de 15 g de sucre rapide.

Une fois la glycémie normalisée, si le prochain repas est éloigné (plus d’une heure environ), on propose une collation contenant des glucides lents (pain, biscuits, fruit…) pour éviter une nouvelle chute.

Ce qu’il faut éviter

  • Le chocolat, les biscuits gras ou les pâtisseries comme premier resucrage : les graisses ralentissent l’absorption du sucre.
  • Les boissons « light » ou « zéro », qui ne contiennent pas de sucre.
  • Le resucrage excessif « pour être sûr », qui entraîne ensuite une hyperglycémie importante.
  • Laisser le patient seul ou le laisser se lever et marcher pendant le malaise.

Cas particulier : le patient sous acarbose

Chez les patients traités par certains médicaments qui ralentissent la digestion des sucres (comme l’acarbose), le saccharose (sucre de table) est moins efficace. Le resucrage doit alors se faire de préférence avec du glucose (comprimés ou gel de glucose). Vérifiez toujours le traitement du patient.

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Réflexe 5 : agir en urgence chez le patient inconscient

Si le patient est inconscient, somnolent, confus au point de ne pas pouvoir avaler, ou s’il convulse, il ne faut jamais rien lui donner par la bouche : risque majeur de fausse route et d’inhalation.

La conduite à tenir est la suivante :

  1. Alerter immédiatement le médecin ou l’équipe d’urgence selon l’organisation du service (à domicile : appeler les secours).
  2. Mettre le patient en sécurité : position latérale de sécurité s’il respire, éloigner les objets dangereux en cas de convulsions, libérer les voies aériennes.
  3. Vérifier la respiration et le pouls. En l’absence de respiration normale, débuter immédiatement la réanimation cardio-pulmonaire.
  4. Administrer le traitement prescrit ou prévu par le protocole, le plus souvent :
    • du glucagon en injection intramusculaire ou sous-cutanée (1 mg chez l’adulte ; 0,5 mg chez l’enfant de petit poids), ou par voie nasale selon la forme disponible ;
    • ou du sérum glucosé hypertonique par voie intraveineuse (par exemple glucosé à 30 % en injection lente), si une voie veineuse est disponible, sur prescription médicale.
  5. Contrôler la glycémie après quelques minutes et surveiller le réveil.
  6. Dès le réveil complet et lorsque le patient peut avaler, lui donner du sucre par voie orale puis une collation de glucides lents, car l’effet du glucagon est de courte durée.

Le relais par une perfusion de sérum glucosé est souvent prescrit, en particulier si l’hypoglycémie est profonde ou si sa cause risque de persister.

Le glucagon : points de vigilance

Le glucagon agit en libérant les réserves de sucre du foie. Il est donc peu efficace lorsque ces réserves sont épuisées : jeûne prolongé, dénutrition, consommation d’alcool, insuffisance hépatique. Dans ces situations, le sérum glucosé intraveineux est indispensable. Le glucagon peut aussi provoquer des nausées et des vomissements au réveil : surveillez le patient et installez-le en conséquence.

Réflexe 6 : surveiller le patient après l’épisode

La correction de la glycémie ne marque pas la fin de la prise en charge. Une surveillance rapprochée est nécessaire :

  • Glycémies capillaires répétées, à la fréquence définie par le médecin ou le protocole (par exemple toutes les 15 minutes jusqu’à normalisation, puis espacées).
  • Surveillance de l’état de conscience, du comportement et des constantes vitales.
  • Vérification de la reprise alimentaire et de la bonne prise de la collation.
  • Recherche de la cause avec l’équipe médicale : dose d’insuline, repas, effort, interaction, insuffisance rénale…

Attention aux sulfamides hypoglycémiants

Les hypoglycémies dues aux sulfamides hypoglycémiants ou à une insuline d’action prolongée peuvent être longues et récidivantes, parfois pendant plusieurs heures. Ces patients nécessitent souvent une surveillance prolongée, voire une hospitalisation, même s’ils semblent aller mieux après le resucrage. Signalez toujours ce traitement au médecin.

Adapter le traitement

Après un épisode d’hypoglycémie, le traitement doit souvent être réévalué. L’infirmier ne modifie jamais seul les doses d’insuline, mais il transmet au médecin toutes les informations utiles pour adapter la prescription : glycémies, horaires des injections, repas, activité.

Réflexe 7 : tracer et transmettre

Comme pour tout événement de soin, la traçabilité est indispensable. Dans le dossier de soins, l’infirmier note :

  • l’heure de survenue et les signes observés ;
  • les valeurs de glycémie avant et après resucrage ;
  • le type et la quantité de sucre donné, ou le traitement administré (glucagon, sérum glucosé) avec l’heure ;
  • l’évolution clinique et la reprise alimentaire ;
  • l’information du médecin et les décisions prises.

Ces éléments sont transmis à l’équipe suivante, idéalement sous forme de transmissions ciblées, pour que la surveillance se poursuive sans rupture.

Prévenir l’hypoglycémie : le rôle éducatif de l’infirmier

La meilleure hypoglycémie est celle que l’on évite. À l’hôpital comme à domicile, l’infirmier joue un rôle majeur de prévention.

À l’hôpital

  • Vérifier la cohérence entre l’injection d’insuline et l’arrivée effective du repas.
  • Signaler au médecin les patients à jeun (examen, bloc opératoire) afin d’adapter le traitement.
  • Respecter rigoureusement la règle des 5B lors de l’administration de l’insuline : bon patient, bon médicament, bonne dose, bonne voie, bon moment.
  • Être particulièrement vigilant chez les patients âgés, dénutris ou insuffisants rénaux.
  • Vérifier les calculs de dose et les unités d’insuline, en utilisant le matériel adapté.

L’éducation du patient et de son entourage

Le patient diabétique doit savoir :

  • reconnaître ses propres signes d’hypoglycémie ;
  • contrôler sa glycémie en cas de doute ;
  • avoir toujours sur lui du sucre (3 morceaux ou une petite boisson sucrée) ;
  • appliquer la règle des 15 ;
  • adapter son alimentation et son traitement en cas d’activité physique, selon les conseils du médecin ;
  • éviter l’alcool à jeun ;
  • prévenir son entourage, qui doit savoir réagir et, si le médecin l’a prescrit, utiliser le glucagon.

L’entourage (famille, collègues, enseignants pour un enfant) doit aussi connaître les signes et la conduite à tenir, en particulier l’interdiction de faire boire ou manger une personne inconsciente.

Hypoglycémie et hyperglycémie : ne pas confondre

Face à un malaise chez un diabétique, il est utile de savoir distinguer les deux situations :

  • L’hypoglycémie survient rapidement, avec sueurs, tremblements, faim, pâleur et troubles du comportement. La glycémie est basse.
  • L’hyperglycémie s’installe plus progressivement, avec soif intense, envie fréquente d’uriner, fatigue, bouche sèche, parfois nausées et haleine particulière. La glycémie est élevée.

Seule la mesure de la glycémie permet de trancher avec certitude. En cas de doute et en l’absence de lecteur, on resucre : le sucre ne fera pas de mal à un patient en hyperglycémie à court terme, alors qu’une hypoglycémie non traitée peut être grave.

L’hypoglycémie chez la personne âgée et chez l’enfant

Chez la personne âgée, l’hypoglycémie est souvent plus grave et plus difficile à reconnaître : les signes d’alerte sont atténués, et le tableau peut se limiter à une confusion, une chute, une somnolence inhabituelle ou un changement de comportement. Les conséquences sont aussi plus lourdes : chutes avec fractures, troubles du rythme cardiaque, aggravation des troubles cognitifs. Les objectifs glycémiques sont d’ailleurs souvent assouplis chez les patients âgés fragiles pour limiter ce risque.

Chez l’enfant diabétique, l’hypoglycémie peut se manifester par une irritabilité, des pleurs, une pâleur, une fatigue soudaine ou des difficultés de concentration à l’école. Les quantités de sucre à donner sont adaptées au poids, selon les consignes du médecin. Les parents, les enseignants et les encadrants d’activités doivent être formés à reconnaître et traiter l’hypoglycémie.

Les erreurs fréquentes à éviter

  • Attendre le résultat de la glycémie alors que les signes sont évidents et que le lecteur n’est pas disponible.
  • Faire boire un patient somnolent ou confus : risque de fausse route.
  • Arrêter la surveillance trop tôt, surtout chez un patient sous sulfamides ou insuline lente.
  • Oublier la collation de glucides lents après le resucrage.
  • Ne pas rechercher la cause ni informer le médecin, ce qui expose à la récidive.
  • Ne pas tracer l’épisode dans le dossier de soins.

Questions fréquentes sur l’hypoglycémie

Quelle quantité de sucre donner en cas d’hypoglycémie ?

Chez l’adulte conscient, on donne environ 15 g de sucre rapide : 3 morceaux de sucre, environ 150 ml de jus de fruits ou de soda classique. On recontrôle la glycémie 15 minutes plus tard et on renouvelle si nécessaire. Chez l’enfant, les quantités sont adaptées au poids selon les recommandations du médecin.

Peut-on donner du glucagon sans prescription ?

Le glucagon est un médicament : son utilisation à l’hôpital se fait sur prescription médicale ou selon un protocole validé par le service. À domicile, il est prescrit au patient diabétique à risque et son entourage est formé à son utilisation.

Pourquoi l’hypoglycémie est-elle dangereuse ?

Parce que le cerveau a besoin de glucose en permanence. Une hypoglycémie profonde ou prolongée peut provoquer des convulsions, un coma, des chutes avec traumatismes, et, chez les patients fragiles, des troubles du rythme cardiaque.

Une hypoglycémie peut-elle survenir pendant le sommeil ?

Oui. Les hypoglycémies nocturnes sont fréquentes chez les patients sous insuline. Elles peuvent se traduire par des sueurs, des cauchemars, une agitation ou des maux de tête au réveil. Une glycémie au coucher et, si besoin, en cours de nuit permet de les dépister.

À retenir

  • L’hypoglycémie se définit chez le diabétique traité par une glycémie inférieure à 0,70 g/L.
  • Les signes associent sueurs, tremblements, faim, pâleur, puis troubles du comportement et de la conscience.
  • Patient conscient : 15 g de sucre rapide, contrôle à 15 minutes, puis collation.
  • Patient inconscient : rien par la bouche, alerte, sécurisation, glucagon ou sérum glucosé selon la prescription.
  • Surveillance prolongée en cas de sulfamides ou d’insuline lente.
  • Traçabilité, recherche de la cause et éducation du patient sont indispensables.

La prise en charge de l’hypoglycémie s’apprend en cours, mais aussi par la pratique en simulation et en stage. À l’Institut Paramedicalis, nos étudiants s’entraînent à ces situations d’urgence pour réagir avec calme et efficacité le jour venu.

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