Sonde nasogastrique : les 10 étapes essentielles de la pose

Étudiante infirmière préparant un plateau de soins stérile

La pose d’une sonde nasogastrique est un soin technique fréquent à l’hôpital, en chirurgie digestive, en réanimation, aux urgences, en neurologie ou en gériatrie. Elle permet d’alimenter un patient qui ne peut pas manger, de lui administrer des médicaments ou de vider son estomac. Si le geste est courant, il comporte des risques réels, en particulier celui d’une mauvaise position de la sonde dans les voies respiratoires. Dans cet article, l’Institut Paramedicalis vous présente les 10 étapes essentielles de la pose d’une sonde nasogastrique, les méthodes de vérification de sa position et la surveillance infirmière.

Cet article a une vocation pédagogique et s’adresse aux étudiants infirmiers et aux soignants. Il ne remplace ni la prescription médicale ni les protocoles de votre établissement, ni l’apprentissage pratique encadré.

Qu’est-ce qu’une sonde nasogastrique ?

La sonde nasogastrique est un tube souple introduit par une narine, qui descend par le pharynx et l’œsophage jusque dans l’estomac. Son extrémité externe reste fixée au nez et peut être reliée à une poche de recueil, à un système d’aspiration ou à une tubulure d’alimentation.

Il existe plusieurs types de sondes :

  • les sondes d’aspiration ou de décompression, de plus gros calibre, souvent à double courant (avec une prise d’air), utilisées pour vider l’estomac ;
  • les sondes d’alimentation, plus fines et plus souples, en silicone ou en polyuréthane, mieux tolérées pour une utilisation prolongée.

Le calibre s’exprime en Charrière (Ch) ou French (Fr). Le choix de la sonde et de son calibre dépend de l’indication et de la prescription médicale.

Les indications de la sonde nasogastrique

La pose d’une sonde nasogastrique est réalisée sur prescription médicale, notamment pour :

  • l’alimentation entérale d’un patient qui ne peut pas s’alimenter par la bouche ou de façon suffisante (troubles de la déglutition après un accident vasculaire cérébral, coma, dénutrition sévère, réanimation) ;
  • l’administration de médicaments chez un patient qui ne peut pas avaler ;
  • l’aspiration ou la décompression gastrique : occlusion intestinale, vomissements importants, distension de l’estomac, période postopératoire de certaines chirurgies digestives ;
  • l’analyse du liquide gastrique ou la recherche de saignement digestif, dans certaines situations.

Les contre-indications et précautions

Certaines situations contre-indiquent la voie nasale ou imposent des précautions particulières, après avis médical : traumatisme grave de la face ou suspicion de fracture de la base du crâne, obstruction nasale, chirurgie récente de l’œsophage ou de l’estomac, varices œsophagiennes, troubles importants de la coagulation. Dans ces cas, le médecin peut choisir une autre voie ou décider d’une pose sous contrôle spécialisé.

Étape 1 : vérifier la prescription et préparer le matériel

On vérifie la prescription (indication, type de sonde, modalités de vérification de la position), puis on prépare le matériel :

  • la sonde nasogastrique adaptée (type et calibre prescrits) ;
  • un lubrifiant hydrosoluble ;
  • des gants non stériles, des compresses ;
  • un verre d’eau avec une paille si le patient peut avaler (selon la prescription) ;
  • une seringue adaptée à la sonde (embout spécifique de nutrition entérale) ;
  • du papier indicateur de pH si le protocole le prévoit ;
  • un sparadrap ou un dispositif de fixation spécifique, un marqueur ;
  • une poche de recueil ou le système d’aspiration selon l’indication ;
  • un haricot, des mouchoirs, une protection pour le patient.

Le matériel d’aspiration doit être disponible à proximité en cas de vomissement.

Étape 2 : informer et installer le patient

Le patient est informé du déroulement du soin, de son but et des sensations possibles (inconfort, envie de vomir, larmoiement). On convient d’un signal (lever la main) pour qu’il puisse demander une pause. Son accord est recueilli.

Le patient est installé en position assise ou demi-assise, le dos bien droit, la tête en position neutre. On vérifie la perméabilité des narines en lui demandant de souffler par chacune d’elles, et on choisit la plus dégagée. Les prothèses dentaires mobiles peuvent être retirées si elles gênent. On réalise une hygiène des mains et on met les gants.

Étape 3 : mesurer la longueur de sonde à introduire

Avant la pose, on estime la longueur nécessaire pour atteindre l’estomac. La méthode classique consiste à mesurer la distance de l’aile du nez au lobe de l’oreille, puis du lobe de l’oreille à l’appendice xiphoïde (pointe inférieure du sternum). On repère cette longueur sur la sonde grâce aux graduations ou en la marquant. Certains protocoles ajoutent quelques centimètres ou utilisent d’autres formules : suivez celui de votre établissement.

Étape 4 : lubrifier la sonde

On lubrifie les premiers centimètres de la sonde nasogastrique avec le lubrifiant hydrosoluble, pour faciliter le passage et limiter les irritations. On n’utilise pas de produit gras.

Étudiante infirmière s'entraînant à un soin technique avant la pose d'une sonde nasogastrique

Étape 5 : introduire la sonde dans la narine

On introduit doucement la sonde nasogastrique dans la narine choisie, en la dirigeant horizontalement vers l’arrière, parallèlement au plancher des fosses nasales, et non vers le haut. On progresse sans forcer. Si une résistance est ressentie, on retire légèrement la sonde, on modifie l’angle ou on essaie l’autre narine. On ne force jamais.

Étape 6 : franchir le pharynx en faisant déglutir

Lorsque la sonde arrive au niveau de la gorge (le patient peut avoir un réflexe nauséeux), on demande au patient de fléchir légèrement la tête vers l’avant, menton vers la poitrine : cette position favorise le passage vers l’œsophage plutôt que vers la trachée. On lui demande ensuite d’avaler, si possible en buvant de petites gorgées d’eau à la paille si cela est autorisé, et on pousse la sonde à chaque déglutition, jusqu’au repère.

Les signes qui imposent l’arrêt immédiat

Si le patient présente une toux importante, une difficulté à respirer, une cyanose, une impossibilité de parler ou une agitation brutale, la sonde est probablement engagée dans les voies respiratoires. Il faut la retirer immédiatement, laisser le patient récupérer, puis réessayer ou alerter le médecin. Chez un patient inconscient ou dont les réflexes sont diminués, ces signes peuvent être absents : la vigilance doit être maximale et la vérification de la position particulièrement rigoureuse.

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Étape 7 : vérifier la position de la sonde nasogastrique

C’est l’étape la plus importante. Une sonde placée par erreur dans les bronches puis utilisée pour l’alimentation ou des médicaments peut provoquer une pneumopathie grave, voire le décès. Aucune alimentation ni aucun médicament ne doit être administré avant la confirmation de la bonne position, selon les modalités prévues par le protocole.

Les méthodes de vérification sont :

  • la radiographie : c’est la méthode de référence, en particulier pour les sondes fines d’alimentation et chez les patients à risque (troubles de la conscience, de la déglutition, patients intubés). Le médecin confirme la position avant toute utilisation ;
  • la mesure du pH du liquide aspiré : un liquide acide (pH généralement inférieur ou égal à 5,5 selon les protocoles) est en faveur d’une position gastrique. Cette méthode peut être faussée par certains médicaments qui diminuent l’acidité de l’estomac ou par une alimentation récente ;
  • l’aspect du liquide aspiré, qui apporte une indication mais ne suffit pas à lui seul.

Le test qui consiste à injecter de l’air en écoutant au stéthoscope un bruit au niveau de l’estomac n’est plus considéré comme fiable pour confirmer la position et ne doit pas être utilisé seul. Le fait que le patient ne tousse pas ne prouve pas non plus que la sonde est bien placée.

Étape 8 : fixer la sonde et noter le repère

Une fois la position confirmée, on fixe la sonde nasogastrique au nez avec un sparadrap adapté ou un dispositif de fixation, sans exercer de pression sur l’aile du nez ni sur la cloison nasale. On peut compléter par une fixation sur la joue. On note le repère extérieur (graduation au niveau de la narine), qui permettra de vérifier à chaque utilisation que la sonde ne s’est pas déplacée.

On relie ensuite la sonde nasogastrique au système prévu : poche de recueil en déclive, aspiration à la dépression prescrite, ou tubulure d’alimentation.

Étape 9 : réinstaller le patient et ranger

On réinstalle le patient confortablement, en position demi-assise, surtout s’il est alimenté par la sonde. On élimine les déchets, on retire les gants et on réalise une hygiène des mains.

Étape 10 : tracer et transmettre

On note dans le dossier de soins : la date et l’heure de pose, le type et le calibre de la sonde, la narine utilisée, la longueur introduite et le repère extérieur, la méthode de vérification de la position et son résultat, la tolérance du patient et les éventuels incidents. Ces informations sont essentielles pour l’équipe suivante.

La surveillance d’un patient porteur d’une sonde nasogastrique

La position de la sonde

On vérifie régulièrement le repère extérieur, et systématiquement avant chaque administration d’alimentation ou de médicament. Une sonde nasogastrique peut se déplacer lors d’une toux, d’un vomissement, d’une agitation ou d’une mobilisation. En cas de doute sur sa position, on ne l’utilise pas et on suit le protocole de vérification.

La narine et le confort

La pression de la sonde nasogastrique peut créer une lésion de la narine, véritable escarre. On change régulièrement l’emplacement de la fixation, on surveille la peau et on nettoie la narine. Les soins de bouche sont indispensables plusieurs fois par jour, car la respiration buccale et l’absence d’alimentation par la bouche assèchent les muqueuses.

La perméabilité

La sonde nasogastrique est rincée à l’eau selon le protocole : avant et après chaque administration de médicament, entre deux médicaments, et régulièrement en cours d’alimentation. Une sonde bouchée ne doit jamais être débouchée avec un mandrin ou en forçant.

Le liquide recueilli

En cas d’aspiration ou de drainage, on surveille la quantité, la couleur et l’aspect du liquide : liquide verdâtre (bile), présence de sang rouge ou d’aspect « marc de café » (à signaler immédiatement), fécaloïde. Les volumes sont notés dans le bilan entrées-sorties : des pertes importantes peuvent entraîner une déshydratation et des troubles électrolytiques.

La tolérance de l’alimentation

Chez le patient nourri par sonde, on maintient la tête du lit surélevée à au moins 30 degrés pendant l’alimentation et pendant un temps après, pour limiter le risque de reflux et d’inhalation. On surveille les nausées, les vomissements, la distension abdominale, la diarrhée, et on respecte le débit prescrit, souvent administré par une pompe de nutrition. Les constantes vitales, la température et la respiration sont surveillées : une fièvre ou une toux peuvent révéler une inhalation.

L’alimentation par sonde nasogastrique

La nutrition entérale par sonde nasogastrique est prescrite par le médecin, souvent avec l’aide d’un diététicien qui définit le produit, la quantité et le rythme d’administration. Elle peut être :

  • continue, sur 24 heures ou sur une partie de la journée, grâce à une pompe de nutrition qui garantit un débit régulier ;
  • discontinue, en plusieurs administrations dans la journée, plus proches du rythme des repas.

L’infirmier vérifie le produit (nom du patient, nature, date de péremption, intégrité du conditionnement), respecte les règles d’hygiène lors des branchements, change les tubulures selon le protocole et surveille la tolérance digestive et l’évolution du poids. La nutrition est souvent débutée progressivement, surtout chez les patients très dénutris, pour limiter les troubles métaboliques.

Sonde nasogastrique : situations particulières

Le patient inconscient ou intubé

Chez ces patients, le réflexe de toux et la déglutition sont absents ou diminués : une sonde nasogastrique mal positionnée peut ne provoquer aucun signe. La confirmation radiologique de la position est alors particulièrement importante avant toute utilisation. La pose se fait souvent avec l’aide d’un médecin et selon des techniques adaptées.

Le patient confus ou agité

Le risque d’arrachage de la sonde nasogastrique est élevé. Une explication répétée, une fixation soigneuse, la présence de la famille et une surveillance rapprochée sont utiles. Après chaque arrachage, la sonde doit être reposée avec une nouvelle vérification de sa position.

L’enfant

Chez l’enfant, la taille et le calibre de la sonde nasogastrique sont adaptés à l’âge et au poids, et la longueur est mesurée selon les repères pédiatriques du protocole. La présence et la participation des parents aident à rassurer l’enfant.

La personne âgée

Les muqueuses sont plus fragiles et le risque de lésion de la narine est accru. Les troubles de la déglutition et les troubles cognitifs, fréquents, augmentent le risque de fausse route : la position demi-assise et la vérification du repère avant chaque utilisation sont essentielles.

L’administration de médicaments par la sonde

Avant d’administrer un médicament par une sonde nasogastrique, il faut vérifier qu’il peut être écrasé ou ouvert : certains comprimés à libération prolongée ou gastro-résistants ne doivent pas l’être. Le pharmacien peut proposer une forme adaptée (solution buvable, par exemple). Chaque médicament est administré séparément, avec un rinçage à l’eau avant, entre chaque médicament et après. On respecte bien sûr la règle des 5B.

Les complications possibles

  • Mauvaise position dans les voies respiratoires, avec risque de pneumopathie d’inhalation.
  • Déplacement ou arrachage de la sonde nasogastrique, notamment chez le patient confus.
  • Lésions de la narine, saignement de nez, irritation de la gorge.
  • Sinusite ou otite en cas d’utilisation prolongée.
  • Obstruction de la sonde nasogastrique.
  • Reflux et inhalation du contenu gastrique.
  • Troubles hydroélectrolytiques en cas d’aspiration importante.

Le retrait de la sonde nasogastrique

Le retrait se fait sur prescription. On informe le patient, on l’installe en position assise, on arrête l’alimentation ou l’aspiration, on rince la sonde selon le protocole, on retire la fixation, puis on demande au patient de prendre une inspiration et de bloquer sa respiration pendant qu’on retire la sonde d’un geste régulier et continu, en la clampant ou en la pliant pour éviter l’écoulement de liquide dans la gorge. On réalise ensuite des soins de bouche et de nez, et on trace le retrait.

Les erreurs fréquentes à éviter

  • Forcer en cas de résistance.
  • Utiliser la sonde avant d’avoir confirmé sa position.
  • Se fier au test d’insufflation d’air au stéthoscope.
  • Fixer la sonde en appuyant sur l’aile du nez.
  • Oublier de vérifier le repère avant chaque utilisation.
  • Alimenter un patient allongé à plat.
  • Écraser des médicaments qui ne doivent pas l’être.

Questions fréquentes sur la sonde nasogastrique

La pose d’une sonde nasogastrique est-elle douloureuse ?

Elle est surtout inconfortable : sensation de gêne dans le nez, réflexe nauséeux au passage de la gorge, larmoiement. Une bonne information, une technique douce et la participation du patient (déglutition) rendent le geste beaucoup plus supportable.

Combien de temps peut-on garder une sonde nasogastrique ?

Cela dépend du type de sonde et de l’indication. Les sondes fines d’alimentation en silicone ou polyuréthane sont conçues pour une utilisation de plusieurs semaines. Si une alimentation artificielle prolongée est nécessaire, le médecin peut proposer une gastrostomie.

Le patient peut-il boire avec une sonde ?

Cela dépend de la raison de la pose. Chez un patient en aspiration pour une occlusion, la bouche est généralement à jeun. Chez un patient nourri par sonde pour des troubles de la déglutition, boire peut être dangereux. Seul le médecin décide.

À retenir

  • La sonde nasogastrique sert à l’alimentation, à l’administration de médicaments ou à l’aspiration gastrique.
  • Mesurer la longueur nez-oreille-appendice xiphoïde avant la pose.
  • Introduire horizontalement, faire fléchir la tête et déglutir, ne jamais forcer.
  • Toux, détresse respiratoire, cyanose : retrait immédiat.
  • Aucune utilisation avant confirmation de la position (radiographie de référence, pH selon protocole) ; pas de test d’insufflation seul.
  • Fixation sans appui sur la narine, repère noté et vérifié, soins de bouche, position demi-assise.

À l’Institut Paramedicalis, la pose de sonde nasogastrique est d’abord travaillée sur mannequin en salle de simulation, avant d’être réalisée en stage sous la supervision d’un infirmier expérimenté.

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