Transmissions ciblées : la méthode DAR et 7 règles essentielles

Infirmière notant les paramètres d'un patient hospitalisé dans le dossier de soins

À l’hôpital, la continuité des soins repose sur une bonne circulation de l’information entre les équipes. Les transmissions ciblées sont la méthode de référence utilisée par les infirmiers pour noter dans le dossier de soins les problèmes du patient, les actions réalisées et leurs résultats. Claires, structurées et rapides à lire, elles permettent à l’équipe suivante de savoir exactement où en est le patient. Dans cet article, l’Institut Paramedicalis vous explique la méthode DAR étape par étape, avec des exemples concrets et les 7 règles essentielles pour bien rédiger.

Cet article a une vocation pédagogique et s’adresse aux étudiants infirmiers et aux soignants qui souhaitent revoir les bases de la traçabilité.

Que sont les transmissions ciblées ?

Les transmissions ciblées sont une méthode d’organisation des écrits infirmiers. Au lieu de rédiger un long texte chronologique (« le patient a bien dormi, a pris son petit-déjeuner, a eu mal… »), le soignant identifie une cible, c’est-à-dire un problème ou un événement précis, puis décrit de façon structurée ce qu’il a observé, ce qu’il a fait et ce qui en a résulté.

Cette méthode présente de nombreux avantages :

  • elle rend l’information facile à retrouver ;
  • elle évite les écrits répétitifs et inutiles ;
  • elle met en évidence le raisonnement clinique de l’infirmier ;
  • elle permet de suivre l’évolution d’un problème dans le temps ;
  • elle valorise le travail infirmier et sa contribution à la prise en charge ;
  • elle constitue une trace écrite qui engage la responsabilité professionnelle.

Où se trouvent les transmissions ciblées ?

Elles font partie du dossier de soins infirmiers, papier ou informatisé. Elles complètent les autres outils : le recueil de données à l’entrée, le diagramme de soins (où sont cochés les soins réguliers et les surveillances), la feuille de surveillance des constantes et le plan de soins. Les transmissions ciblées sont réservées à ce qui sort de l’ordinaire ou mérite une attention particulière.

La structure DAR : Données, Actions, Résultats

Chaque transmission ciblée se compose d’une cible suivie de trois éléments, résumés par l’acronyme DAR.

La cible

La cible est le sujet de la transmission. Elle doit être courte, précise et compréhensible par tous : « Douleur », « Hyperthermie », « Chute », « Anxiété », « Refus de soin », « Retour de bloc », « Nausées »… Elle peut correspondre :

  • à un problème de santé ou une réaction du patient (douleur, constipation, insomnie) ;
  • à un événement inhabituel (chute, malaise, fugue) ;
  • à un changement dans l’état du patient (aggravation, amélioration) ;
  • à une étape de la prise en charge (entrée, retour d’examen, préparation à la sortie).

On évite de prendre comme cible un diagnostic médical (« Pneumopathie ») ou un soin (« Pansement »), sauf si le protocole du service le prévoit : la cible doit refléter ce que vit le patient.

D comme Données

Les données regroupent les informations objectives et subjectives qui justifient la cible : ce que l’infirmier observe, mesure, et ce que le patient exprime. Par exemple : « Patient se plaint d’une douleur abdominale, EN à 7/10, faciès crispé, TA 145/85, pouls 98/min ».

A comme Actions

Les actions décrivent ce qui a été fait pour répondre au problème : soins réalisés, traitement administré selon la prescription, médecin appelé, installation, éducation, surveillance mise en place. Par exemple : « Installation en position antalgique, paracétamol 1 g PO administré à 10h selon prescription, médecin informé ».

R comme Résultats

Les résultats décrivent l’effet des actions sur le patient, évalué après un délai adapté. Par exemple : « À 11h, EN à 2/10, patient détendu, s’est endormi ». Si le résultat n’est pas encore connu au moment de l’écriture, on le note plus tard, à l’heure de l’évaluation. Une transmission sans résultat reste « ouverte » et doit être suivie par l’équipe suivante.

Exemples concrets de transmissions ciblées

Rien de tel que des exemples pour comprendre la méthode.

Exemple 1 : douleur

Cible : Douleur
D : 9h30, patiente opérée hier d’une prothèse de hanche, se plaint de douleurs à la hanche droite, EN 6/10, refuse de se mobiliser.
A : antalgique administré à 9h40 selon prescription, installation avec coussin entre les jambes, lever reporté, kinésithérapeute prévenu.
R : 10h30, EN 2/10, patiente soulagée, lever au fauteuil réalisé à 11h avec le kinésithérapeute.

Exemple 2 : hyperthermie

Cible : Hyperthermie
D : 15h, température 39,2 °C, frissons, patient porteur d’un cathéter veineux périphérique depuis 3 jours, point de ponction rouge et induré.
A : médecin prévenu, hémocultures prélevées sur prescription, cathéter retiré et extrémité envoyée au laboratoire sur prescription, antipyrétique administré, hydratation encouragée.
R : 16h30, température 38,1 °C, frissons disparus. Surveillance de la température toutes les 4 heures.

Exemple 3 : chute

Cible : Chute
D : 3h, patient retrouvé au sol au pied du lit, dit avoir voulu aller aux toilettes seul, conscient et orienté, hématome au coude gauche, pas d’autre douleur.
A : relevé à deux soignants, constantes prises (normales), médecin de garde prévenu, glace appliquée sur le coude, sonnette placée à portée de main, urinal mis à disposition, déclaration d’événement indésirable réalisée.
R : 4h, patient rendormi, pas de douleur, constantes stables.

Exemple 4 : anxiété

Cible : Anxiété
D : 20h, patiente opérée demain matin, pleure, dit « j’ai peur de ne pas me réveiller », pouls 104/min, n’a pas touché à son repas.
A : temps d’écoute de 15 minutes, explications sur le déroulement de l’intervention et de l’anesthésie, médecin anesthésiste informé, prémédication administrée à 21h selon prescription, appel téléphonique à sa fille facilité.
R : 22h, patiente plus calme, dit se sentir rassurée, pouls 86/min, s’endort à 22h30.

Exemple 5 : hypoglycémie

Cible : Hypoglycémie
D : 11h15, patient diabétique sous insuline, sueurs, tremblements, glycémie capillaire à 0,58 g/L, conscient, repas prévu à 12h30.
A : 3 morceaux de sucre donnés à 11h17, patient installé au lit, surveillance rapprochée, médecin informé.
R : 11h35, glycémie à 1,02 g/L, sueurs disparues ; collation (pain) donnée. Glycémie de contrôle prévue avant le repas.

Exemple 6 : refus de soin

Cible : Refus de soin
D : 8h, patient refuse sa toilette, dit « je suis trop fatigué, laissez-moi tranquille », a mal dormi selon l’équipe de nuit.
A : refus respecté, soin reporté, toilette du visage et des mains proposée et acceptée, nouvelle proposition prévue en fin de matinée.
R : 11h30, toilette complète acceptée et réalisée, patient dit se sentir mieux.

Ces exemples montrent que les transmissions ciblées racontent une « histoire » courte et complète : un problème, une réponse, un résultat.

Étudiants infirmiers analysant une situation clinique pour rédiger leurs transmissions ciblées

Les 7 règles essentielles pour bien rédiger ses transmissions ciblées

1. Être objectif

On note des faits observables et mesurables, et les propos du patient entre guillemets. On évite les jugements de valeur (« patient pénible », « patiente capricieuse ») et les interprétations non fondées.

2. Être précis

« Douleur importante » est vague ; « EN à 8/10 » est précis. « A peu mangé » devient « a mangé la moitié de son plateau ». Les chiffres, les heures et les quantités sont indispensables.

3. Être concis

Les transmissions ciblées doivent pouvoir être lues rapidement. On utilise des phrases courtes et on évite les répétitions avec le diagramme de soins.

4. Utiliser un vocabulaire professionnel et compréhensible

On emploie les termes médicaux appropriés, mais seules les abréviations validées par l’établissement sont autorisées, pour éviter les confusions.

5. Dater, horodater et signer

Chaque transmission comporte la date, l’heure et l’identification du soignant. C’est une obligation légale et une garantie de traçabilité.

6. Écrire au moment du soin

Plus on attend, plus on oublie. Les transmissions ciblées sont idéalement rédigées au fil de la journée, et non toutes en fin de poste.

7. Assurer le suivi

Une cible ouverte doit être évaluée et suivie jusqu’à sa résolution. L’équipe suivante reprend la cible, ajoute ses propres données, actions et résultats, et la « ferme » quand le problème est résolu.

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Comment choisir la bonne cible : la méthode en 4 questions

Choisir la cible est souvent l’étape la plus difficile pour les débutants. Quatre questions simples peuvent vous guider :

  1. Qu’est-ce qui a changé chez le patient ? Une nouvelle douleur, une fièvre, une baisse de moral, une amélioration…
  2. Qu’est-ce que l’équipe suivante doit absolument savoir ? Si l’information est importante pour la suite des soins, elle mérite une cible.
  3. Le problème concerne-t-il le patient lui-même ? La cible décrit la situation du patient, pas l’activité du soignant.
  4. Le mot choisi est-il compréhensible par tous ? Un terme simple et partagé par l’équipe facilite la lecture et la recherche.

Avec l’habitude, le choix de la cible devient naturel. Les transmissions ciblées reflètent alors fidèlement le raisonnement clinique de l’infirmier : observer, analyser, agir, évaluer.

Les transmissions ciblées dans le dossier informatisé

De plus en plus d’établissements utilisent un dossier patient informatisé. Les transmissions ciblées y sont souvent intégrées sous forme de champs à remplir : cible, données, actions, résultats. L’informatisation présente plusieurs avantages : lisibilité parfaite, horodatage et identification automatiques, accès simultané pour toute l’équipe, recherche rapide d’une cible dans l’historique.

Elle impose aussi quelques précautions : se déconnecter systématiquement après utilisation, ne jamais utiliser l’identifiant d’un collègue, vérifier que l’on écrit bien dans le dossier du bon patient, et ne pas abuser du « copier-coller » qui peut propager des informations devenues fausses. Les règles de rédaction restent exactement les mêmes que sur papier.

Les macrocibles

En plus des cibles ponctuelles, de nombreux services utilisent des macrocibles. Ce sont des synthèses plus complètes, rédigées à des moments clés du séjour :

  • la macrocible d’entrée, qui résume la situation du patient à son admission : motif d’hospitalisation, antécédents, mode de vie, autonomie, attentes, problèmes identifiés ;
  • la macrocible de synthèse, rédigée régulièrement pour faire le point sur l’évolution ;
  • la macrocible de sortie ou de transfert, qui résume le séjour et les informations nécessaires à la suite de la prise en charge.

Les macrocibles sont souvent structurées selon un moyen mnémotechnique propre à l’établissement, qui balaie les différents aspects de la situation du patient (état clinique, traitements, autonomie, aspects psychologiques et sociaux, projet de soins).

Transmissions écrites et transmissions orales

Les transmissions ciblées écrites ne remplacent pas les transmissions orales entre équipes, au changement de poste. Les deux sont complémentaires : l’oral permet d’échanger, de poser des questions et de hiérarchiser les priorités ; l’écrit assure la trace durable et consultable par tous.

Pour les transmissions orales, notamment lors d’un appel au médecin en urgence, de nombreux établissements utilisent la méthode SBAR (Situation, Background ou antécédents, Assessment ou évaluation, Recommandation). Elle aide à transmettre une information complète et structurée en peu de temps.

Une bonne transmission orale s’appuie sur des éléments concrets : constantes vitales, évaluation de la douleur, traitements administrés, examens en attente, inquiétudes de l’infirmier.

Transmissions ciblées et responsabilité professionnelle

Le dossier de soins est un document médico-légal. En cas de litige, c’est lui qui permet de prouver que les soins ont été réalisés et que la surveillance a été assurée. Selon un principe bien connu des soignants, « ce qui n’est pas écrit n’a pas été fait ». Des transmissions ciblées précises et complètes protègent donc à la fois le patient et le soignant.

Les transmissions doivent aussi respecter le secret professionnel : elles sont réservées à l’équipe soignante et ne contiennent que les informations utiles à la prise en charge.

Pourquoi les transmissions ciblées améliorent la qualité des soins

Au-delà de l’obligation de traçabilité, les transmissions ciblées ont un impact direct sur la sécurité du patient. Une information claire évite qu’un traitement soit administré deux fois, qu’une surveillance soit oubliée ou qu’un signe d’aggravation passe inaperçu lors d’un changement d’équipe. Elles facilitent aussi le travail du médecin, qui retrouve rapidement l’évolution des symptômes et la réponse aux traitements.

Pour le patient, c’est la garantie d’une prise en charge cohérente, quel que soit le soignant présent. Pour l’équipe, c’est un outil de communication et de coordination. Pour l’étudiant infirmier, enfin, c’est un excellent exercice pour structurer son raisonnement clinique : chaque transmission oblige à se demander ce que l’on a observé, pourquoi on a agi et si l’action a été efficace.

Transmissions ciblées et travail en équipe pluridisciplinaire

Les transmissions ciblées ne servent pas qu’aux infirmiers. Médecins, kinésithérapeutes, diététiciens, psychologues ou assistants sociaux consultent régulièrement le dossier de soins. Des écrits clairs leur permettent de comprendre rapidement la situation du patient et d’adapter leur intervention. Inversement, l’infirmier tient compte de leurs observations dans ses propres transmissions. Cette circulation de l’information est au cœur d’une prise en charge globale et coordonnée.

Les erreurs fréquentes à éviter

  • Choisir une cible trop vague (« Surveillance », « RAS ») ou un diagnostic médical.
  • Oublier les résultats : sans R, on ne sait pas si l’action a été efficace.
  • Recopier le diagramme de soins au lieu de signaler ce qui est particulier.
  • Écrire des jugements ou des interprétations personnelles.
  • Utiliser des abréviations non validées.
  • Rédiger toutes ses transmissions en fin de poste, au risque d’oublier des éléments.
  • Ne pas signer ou ne pas indiquer l’heure.

S’entraîner aux transmissions ciblées

La rédaction des transmissions ciblées s’apprend progressivement. Pendant la formation, l’étudiant infirmier s’exerce d’abord sur des situations cliniques écrites, puis en simulation, et enfin en stage, sous la supervision de son tuteur. Quelques conseils pour progresser :

  • lire attentivement les transmissions des infirmiers expérimentés du service ;
  • se demander systématiquement « quel est le problème du patient ? » avant de choisir une cible ;
  • vérifier que chaque transmission comporte bien les trois éléments D, A et R ;
  • demander un retour à son tuteur sur ses écrits ;
  • relier ses transmissions aux autres compétences : évaluation de la douleur, administration sécurisée des médicaments, surveillance clinique.

Questions fréquentes sur les transmissions ciblées

Faut-il écrire une transmission ciblée pour chaque soin ?

Non. Les soins réguliers et les surveillances programmées sont tracés dans le diagramme de soins. Les transmissions ciblées sont réservées aux problèmes, aux événements et aux changements qui méritent d’être signalés.

Quelle est la différence entre DAR et DIR ?

Certains établissements parlent de DIR (Données, Interventions, Résultats) au lieu de DAR. Le principe est exactement le même : on décrit ce que l’on observe, ce que l’on fait et ce qui en résulte.

Peut-on écrire une transmission ciblée positive ?

Oui. Une amélioration notable, la reprise de l’autonomie ou la réussite d’une éducation thérapeutique peuvent tout à fait faire l’objet d’une cible. Les transmissions ciblées ne concernent pas uniquement les problèmes.

Les aides-soignants rédigent-ils des transmissions ciblées ?

Dans de nombreux services, les aides-soignants participent aux transmissions écrites dans leur champ de compétence (hygiène, confort, alimentation, élimination, mobilisation). Leur observation est précieuse pour l’équipe.

Combien de transmissions ciblées faut-il écrire par patient et par poste ?

Il n’y a pas de nombre idéal. Un patient stable peut ne nécessiter aucune nouvelle cible pendant un poste, alors qu’un patient instable en justifiera plusieurs. L’important est que chaque problème significatif soit tracé et suivi.

À retenir

  • Les transmissions ciblées organisent les écrits infirmiers autour d’une cible : problème, événement ou changement.
  • Chaque transmission suit la structure DAR : Données, Actions, Résultats.
  • Elles doivent être objectives, précises, concises, datées, horodatées et signées.
  • Une cible ouverte doit être suivie jusqu’à sa résolution.
  • Les macrocibles résument la situation à l’entrée, en cours de séjour et à la sortie.
  • Le dossier de soins est un document médico-légal : ce qui n’est pas écrit n’a pas été fait.

À l’Institut Paramedicalis, les étudiants s’exercent dès la première année à la rédaction des transmissions ciblées, à partir de situations cliniques réelles rencontrées en stage.

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